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Mais, si la pratique peut aboutir à la foi, est-ce que la foi peut aboutir à la pratique même? Et ne s’offre-t-il pas un suprême embarras, sous la forme de ce dilemme qui, de l’action, semble exclure la foi, ou, de la foi, l’action? Si, en effet, l’acte, même commencé sans conviction, s'achève à la lumière d’une croyance nouvelle, cette croyance, dès qu’elle est reçue et possédée, n’estelle pas un état de sécurité et de repos où il suffit d'adorer en esprit et en vérité, sans mêler les misères de l'action transitive à cette vie supérieure? Ou bien, si cette foi est toujours mystérieuse comme un don venu tout entier d’en haut, par quelle voie le dogme iranscendant et incompréhensible saurait-il inspirer des actes capables de l’exprimer sans le dénaturer, et s’enfermer dans la lettre d’un symbole, d’un rite ou d’un sacrement sans tourner en idolâtrie la pureté du sentiment intérieur ?
Erreur subtile et très répandue, née d’une philosophie incomplète et d’une défaillance du sens religieux, que la philosophie doit dissiper par une vue plus juste de la dignité de l’action humaine et de son infinie capacité. Car (à développer simplement la suite réglée des convenances fondées sur la nature même de l’action), c’est au contraire par la pratique que la foi se développe et se purifie, comme c’est la foi qui inspire et transfigure toute la vie pratique de l'homme. De la lettre à l’esprit, du dogme au précepte, il y a un échange perpétuel et une intime solidarité. La lettre c’est l'esprit en action. Et, si les mystères semblent des vérités purement spéculatives, il naît cependant par la réunion d'un mystère à l’autre des vérités toutes pratiques. Les dogmes non seulement sont des faits et des idées en actes, mais encore ce sont des principes d'action. C’est ce qu’on va comprendre en étudiant la valeur de la pratique littérale et le sens des actes de précepte.
Sic autem ista cum libero arbitrio operatur, ut tantum illud-in primo prae-, veniat, in celeris comitetur; ad hoc utique praeveniens, ut jam sibi deinceps cooperetur. Ita tamen quod a sola gratia coeptum est, pariter ab utroque perficitur; ut mixtim, non singillatim; simul, non vicissim, per singulos profectus operentur. Non partim gratia, partim liberum arbitrium, sed totum singula opere individuo peragunt. Totum quidem hoc, et totum illa; sed ut totum in illo, sie totum ex illa. » Sancti Bernardi abbatis Tractatus de Gratia et Libero Arbitrio, cap. x1v, $ 41.