EXTENSION TOTALE DE LA COMPÉTENCE PHILOSOPHIQUE
lation, pour être ce qu'il faut qu’elle soit si elle est, doit échapper à la raison; et nul effort de l’homme purement homme n’en saurait pénétrer l’essence !. Ce serait donc ignorer radicalement ce qu'elle prétend être, que de croire qu’en commettant à l’examen rationnel ce qui est rationnel encore dans la notion du surnaturel, l’on empiète sur un domaine réservé. Le rôle du philosophe c’est d'établir que, pleinement conséquents à notre vœu secret, nous allons jusqu’à la pratique littérale; c’est d'exprimer les inévitables exigences de la pensée et comme la prière naturelle de la volonté humaine. Rien de plus, mais rien de moins. Question grave autant que délicate : s’il paraît très simple à l'homme de pratiquer sa justification, qu’il est complexe et malaisé de justifier cette pratique salutaire! On comprend bien encore
1. Peut-être, afin de rassurer les esprits également prompts à craindre qu'on ne fasse violence à leur libre pensée ou à leur croyance, est-il utile d'indiquer en quoi précisément cette divine Révélalion prétend consister. Jusqu'où la raison est en droit de se mouvoir sans s’alarmer d'aucune puissance voisine, sans alarmer l'autorité qui garde et interprète le dépôt de la foi, on ne le sait jamaiS trop, dans l’intérêt commun de la foi et de la raison, Faute de cette légitime audace, la raison, au moment où elle prétend refuser tout partage, se diminue et se prive de son entière souveraineté. Grâce à ce nécessaire examen, la foi, tout en obtenant ce qu'il lui faut de préparation naturelle et d'appui humain, garde son entière pureté. Si, dès que la philosophie touche à la simple nofion du surnaturel, l’on redoute un abus de pouvoir ou une confusion des compétences, c’est parce qu’on ignore l'essence de ce surnaturel même. Etant au-dessus de tout ce qu’il nous est possible de soupconner ou de souhaiter, ce mystère, loin de redouter les empiétements de la pensée, lui ouvre une infinie carrière, sans qu’elle puisse l’atteindre. Sans doute, dans ce que la foi nous propose, tout n’est pas inaccessible à notre effort; et dans ce que la raison peut découvrir, il y a une part que la révélation recouvre et confirme. Mais au delà de tous les progrès de la science et de la vertu humaine, il est une vérité impénétrable à toute vue philosophique, un bien supérieur à toute aspiration de la volonté. Et ce mystère, le voici tel que le propose la foi. Nous initiant au secret de sa vie intime, le Dieu caché nous révèle les processions divines, la génération du Verbe par le Père, la spiration de l'Esprit par le Père et le Fils. Puis, par amour, il convie tous les hommes à la participation de sa nature et de sa béatitude. Adopté par le Père, régénéré par le Fils, oint par l'Esprit, l'homme est par grâce ce que Dieu est par nature, et, dans le temps, se renouvelle le mystère de l'éternité; il ne dit plus à Dieu : « mon Maitre », mais : « mon Père ». Et de cette grâce divine naissent des facultés divines. La foi illumine l'intelligence pour connaître l’incompréhensible ; la charité dilate la volonté pour étreindre l'infini, N'appartenant plus à notre nature, ces opérations remontent jusqu’à la source d’où elles procèdent : héritier du Père, cohéritier du Fils, uni à l’un et à l’autre par l’Esprit, l'homme contemple Dieu, l'aime, le possède : sans confusion de nature ou de personne, il est Dieu. L’incommunicable s’est communiqué. En sorte que, élevé au-dessus de tout être créé ou concevable, celui qui n’était pas participe à l'éternel privilège de celui seul qui peut dire : « Je suis celui qui suis ».
que la pratique précède et prépare la croyance; mais que l’acte de foi nous inspire la foi dans des actes, c’est là, pour quelquesunes des consciences les plus éprises du divin, le paradoxe intolérable. Sans doute, elles ont infiniment raison, ces âmes religieuses, de répugner aux recettes et aux applications mécaniques qui profanent leur ineffable sentiment; mais, si elles sont élevées au-dessus des mesquines superstitions, elles ont tort pourtant de méconnaitre que le point où elles jouissent d’être parvenues n’est encore qu’un degré moyen et qu’il leur reste un progrès à obtenir. Combien je souhaiterais de leur montrer que la foi la plus large et la plus profonde trouve sa perfection dans des actes très précis; que cette pratique infime et même humiliante conserve seule toute la noblesse et la pureté du culte intérieur; et que, s’il y a une lettre où n'habite que mort et corruption, il en est une nécessaire qui porte la vie et le salut.
Ce qu’on ne peut connaitre ni surtout comprendre distinctement, on peut le faire et le pratiquer : là est l'utilité, la raison éminente de l’action. Elle n’est pas seulement le véhicule provisoire qui apporte à la conscience le don convoité; sa médiation n’est point passagère, mais permanente; elle est le perpétuel moyen de la conversion intérieure et l’instrument du règne de la croyance. Car, d’une manière incompréhensible, elle fait couler jusqu'aux moelles le sens d’une foi encore obscure, ei parcourt les voies mystérieuses qui amènent à la lumière de la réflexion les vérités enveloppées dont elle s’est nourrie. Tel est le secret du prix, tel est le principe naturel de l'efficacité de la pratique littérale. Bref, la foi, pour vivifier les membres, a besoin d’agir en eux; et, pour se vivifier elle-même, elle a besoin qu’ils agissent sur elle. Toujours l’action donne plus qu’elle ne reçoit et reçoit plus qu’elle ne donne.
De même qu'aucune intention particulière n’est achevée sans l’opération qui parait la déterminer, mais qui en effet la complète et l’enrichit, de même la vie morale et religieuse ne se parfait en l’homme qu'en intéressant tout l’homme : pas plus ici qu'ailleurs le sentiment n’est indépendant de l’organisme où il s'exprime, ici
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