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L'UNANIMITÉ SPIRITUELLE PAR LA PRATIQUE

autrui, se rendre partie de l’œuvre totale et s'approprier à l’édifice. Si, par l’action, chacun trouve accès en soi jusqu'aux sources secrètes d’où procèdent les sentiments et les croyances, par elle aussi chacun trouve en autrui le secret des pensées et des aspirations communes. C’est grâce à cette union pratique que les hommes, faisant surgir d’un fond qu'ils ignorent eux-mêmes leurs certitudes et leurs affections, s’attachent les uns aux autres par un lien si puissant et si doux qu'ils ne forment qu’un même esprit et un même corps. Oui, la pratique opère seule ce prodige de former, avec la diversité des esprits, un corps unique, parce qu’elle emploie et façonne ce par quoi ils tiennent les uns aux autres. Voilà pourquoi il n’y à d'unité doctrinale qu’en suite d’une discipline commune et d’une conformité de vie. Et voilà pourquoi les dogmes et les croyances ne sont des enseignements pour la pensée qu’en vue de devenir des principes d’action. C’est jusque-là qu'il faut aller pour comprendre que l’union intellectuelle demeure impossible parmi les hommes, qui pourtant ont besoin d’elle et qui ont besoin qu'elle soit libre et totale, impossible aussi longtemps qu’elle prétend rester indépendante de la discipline et de la tradition ; car la tradition et la discipline représentent l'interprétation constante de la pensée par les actes, offrant à chacun, dans l’expérience consacrée, comme vn contrôle anticipé, un commentaire autorisé, une vérification impersonnelle de la vérité que c’est à chacun de ressusciter en soi pour prendre place dans ! assemblée des intelligences. Puisqu’il faut que “rous conspirions avec nous-même, avec l’humanité, avec l’univers, il faut, pour cette communion, une pratique littérale : elle est comme la pensée de cet organisme spirituel et la contribution de chaque membre de ce grand corps aux fonctions de l'esprit. Tel que l’analyse des relations nécessaires et des exigences naturelles de la vie volontaire nous conduit à le définir, un double mystère s’opère donc dans l’action issue de la foi. C’est par l’action que le divin tient en l’homme, y cache sa présence, y insinue une pensée et une vie nouvelles. C’est par l’action que les parties infimes et obscures qui expriment les besoins de l’organisme et le retentissement de l’univers s'élèvent à la foi et coopêrent à l’œuvre humaine et divine qui s’accomplit en nous. Sans elle la synthèse ne se parfait point. Pour que tout le corps soit éclairé, il faut que l’œil soit lumineux; pour que l'œil soit lumineux, il faut que le corps soit actif et sain.

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Ces deux objections philosophiques semblent écartées. « La religion, disait-on, est intérieure et ne peut être contenue dans aucune forme. » Si; la lettre est nécessaire à l’esprit. « La foi elle-même, ajoutait-on, ne vaut que par le sentiment dont elle s'inspire, mais non par la formule qui la détermine en la déformant, ni par les actes qui ne sauraient contenir l’immensité du divin tout entier. » Si; la pratique est nécessaire à la foi. Et pourtant ces deux chjections enferment une vérité plus profonde que ne le comprennent peut-être ceux mêmes qui s’en prévalent. La découvrir, ce sera manifester l’erreur où ils tombent. Voici comment.

On a raison de prétendre que les œuvres sont indispensables au sentimerit intérieur : elles doivent être vivifiantes pour lui. On a raison, en même temps, de prétendre que les œuvres spontanément issues du sentiment intérieur sont inadéquates à ce qu’elles expriment, et que chercher dans des actes humains l'aliment divin c’est retourner à la superstition : ils seraient meurtriers pour le sens religieux. Ainsi une pratique est absolument nécessaire à la foi; et la pratique qui naît naturellement de la foi dans la mesure où la foi même est un principe d'action demeure radilement insuffisante et vaine. À ceux qui soutiennent que ce ne sont pas nos actes qui nous sanctifient, mais que c’est nous qui sanctifions nos actes, il faut opposer que l’action seule peut être salutaire. À ceux qui soutiennent que leurs bonnes œuvres sont pleinement salutaires, il faut opposer que la foi seule est sanctifiante. |

Pour échapper à cette apparente contradiction, on a imaginé un compromis hybride; mais c’est cette solution moyenne et inconséquente qu’il faut entièrement repousser : voici ce qu’elle est. Quand on parle de la foi et des œuvres indispensables à la foi, il subsiste sur la nature de cette relation nécessaire une ambiguïté. Tantôt on considère que la pratique est une suite

naturelle du sentiment intime qui linspire ; tantôt on reconnait

que, pour avoir une foi vive, il faut agir; là, faisant de l’action une dépendance accessoire de la croyance, ici, la regardant comme un élément intégrant, comme une fin essentielle, comme un sur-

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