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NÉCESSITÉ DE PRESCRIPTIONS POSITIVES

croît indispensable. Par œuvres, l’on entend ‘donc ou la suite naturelle d’une croyance intérieure qui se manifeste par la spontanéité indéterminée de preuves pratiques, ou des actes déterminés qui sont accomplis pour eux-mêmes et qui gardent leur sens original. On avoue bien que le sentiment le plus intime du divin a besoin de s’exprimer par des actes; mais, comme aucun ne semble adéquat à la foi même, on voudrait que ces actes, à la différence des autres, ne fussent pas une fin pour l'intention ni un progrès pour l’agent; on souhaiterait d’en faire une catégorie à part, comme si la vie religieuse devait échapper aux lois communes de la vie. Et pourtant c’est pour éviter toute dérogation à la nature qu'on est amené à y déroger ainsi! Bref, on prétendrait croire en ses actes sans jamais agir en sa foi.

Mais, au cours de toute cette science de la pratique, il est :

constamment apparu que l’action est quelque chose de nouveau et d'hétérogène par rapport à ses propres conditions. Cette vérité scientifique se confirme encore ici. Il n’est pas possible de considérer la pratique religieuse comme une dépendance subalterne et comme un accessoire arbitraire ou accidentel du sentiment qui l’inspire. Croire que ce sentiment est le tout de la religion véritable, estimer que les œuvres jailliront du cœur selon qu’il y sera porté, s'affranchir de la discipline d'une pratique littérale, c’est manquer à la science et à la conscience. Vainement donc essaye-t-on de maintenir cette fausse position, comme si l’on pouvait dire en même temps et que la foi est d'autant plus vive qu’elle est plus agissante, et que faire de ces actions un moyen de croire c’est déprécier ou ruiner la foi. Les pieux ennemis de la lettre ne vont jusqu’au bout ni de leur tort ni de leur raison. En reconnaissant la nécessité d’une pratique, il faut reconnaitre l’inanité absolue de toute pratique humaine, sans sacrifier jamais l’une à l’autre de ces affirmations : elles semblent incompatibles ; mais on y est invinciblement amené; et c’est de cette incompatibilité même que ressort l’inévitable solution du problème.

D'une part, nul acte naturellement issu de la croyance religieuse n’en perfectionne ou n’en égale la dignité; d’autre part, la foi n’est possible que sous l’espèce d’une lettre définie et par l’efficacité d’une soumission pratique, et le véritable infini ne saurait être immanent que dans l’action; c’est donc une nécessité que cette action soit elle-même l’objet d’un précepte positif, et qu’elle parte, non plus du mouvement de notre nature, mais de l’ordre

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divin, Cest à une autorité distincte de nous-mêmes que nous devons en rapporter la détermination, même alors que nous avons conscience d’acheter, au prix de la docilité, une plus véritable autonomie. Ce qui est conforme à notre On c’est que cette action nous soit prescrite. Il faut en venir à cet aveu pour satisfaire aux propres exigences des esprits les plus justement hostiles aux dévotions superstitieuses et pour être plus conséquents qu'eux à leurs principes. Et ainsi s’accordent ces vérités, non plus opposées, mais enchaînées par la logique du sens religieux le plus droit : pas de foi sans pratique; pas de pratique naturellement adéquate à la foi; point de vérité révélée s’il n’y a d’ailleurs des actes prescrits.

Si donc la foi, autant bar € ce qu'elle offre d’ombre impénétrable que par ce qu elle apporte de clarté supérieure à toute autre, est naturellement la source nécessaire d’une pratique, cette exigence naturelle ne suffit pas à déterminer Ia nature particulière ou la forme précise des actes qui sont nécessaires pour sceller lalliance nécessaire et la parfaite union où l'homme aspire. Pour que ces actes rituels ne se réduisent pas à une fiction idolâtrique et pour qu'ils égalent la foi dont ils doivent être la vivifiante expression, il. est requis qu ils soient, non pas une invention de l’homme et l'effet toujours imparfait d’un mouvement naturel, mais l'expression de préceptes positifs et limitation originale du dogme divinement transcrit dans des commandements distincts. Il ne suffit pas qu'ils deviennent le véhicule du transcendant; il faut qu'ils en contiennent la présence réelle et qu’ils en soient la vérité immanente. Caro Verbum facta. Dérivées du dogme, la discipline et

. l'autorité des prescriptions positives deviennent elles-mêmes des dogmes originaux. IL faut une pratique; et toute pratique qui

n’est pas donnée comme un ordre surnaturel est superstitieuse. Ce n’est rien si ce n’est pas tout.

Ainsi l'action qui doit enfermer la présence et communiquer la réalité de la vie religieuse ne saurait, pas plus que la foi, partir de l'initiative humaine. Si la lettre même du dogme est, par définition, la pensée divine incarnée dans un signe sensible, le précepte positif doit, lui aussi, quelque arbitraire qu'en paraisse la formule, contenir une autre volonté que celle de l’homme. Malgré le caractère déterminé, relatif, muable des actes qu’il prescrit, ce dogmatisme pratique offre, à qui s’y soumet, le moyen

de coopérer avec l’auteur du précepte. Et la volonté humaine

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