SERRES
sans la voir. L'homme de désir trouve dans les préceptes positifs comme autant d'expériences toutes préparées, comme autant d'hypothèses à vérifier, où cette pleine vérité se confirme et se livre à qui n’en a détourné ni son regard ni ses mains. La pratique, en apparence la plus arbitraire et la plus lourde à la nature, n’est, à le bien comprendre, qu’une conformité parfaite aux exigences de la liberté. Il ne faut donc pas tourner en objections contre le dogme ou la discipline les conséquences qui découlent de la simple supposition qu’ils soient.
D'un mot, il y a un infini présent à tous nos actes volontaires, et cet infini nous ne pouvons par nous-mêmes le tenir dans notre réflexion ni le reproduire par notre effort humain. Pour le saisir et le produire comme nous le voulons, il faut donc que ce principe secret de toute action se livre à nous sous la forme même par laquelle nous pouvons entrer en communion avec lui, le recevoir et le posséder dans notre petitesse. Il nous faut l'infini fini; et ce n’est pas à nous de le limiter; sinon, nous le rabaisserions à notre taille; c’est à lui seul de se mettre à notre portée et de condescendre à notre exiguité pour nous exalter et nous élargir à son immensité. Encore une fois, la réalité de ce don reste, il est vrai, hors des prises de l’homme et de la philosophie; mais c’est l’œuvre essentielle de la raison d’en voir la nécessité, et de déterminer les convenances naturelles qui règlent l’enchaînement
des vérités surnaturelles elles-mêmes. Si les actes symboliques
qui ont pour objet de réaliser dans l’homme la vie parfaite et de mettre la volonté en équation avec elle-même dans la conscience venaient de l’homme seul, ils ne sauraient être que téméraires et superstitieux. Et voilà pourquoi nous sommes toujours tentés de nous étonner et presque de nous scandaliser à la vue d’un signe contingent qui prétend exprimer la réalité nécessaire, d’un acte relatif et transitif qui se donne pour absolu, de quelque chose qui doit contenir fout. Il vaudrait mieux, semblet-il, que ce ne fût rien d’apparent. Mais, si le précepte vient, ainsi que la raison même l'exige, d’une source autre que la volonté de l’homme, alors l’étonnement doit cesser : l’infinie grandeur peut s’accommoder à notre infinie petitesse; le divin est plus qu'universel, il est particulier à chaque point et tout entier en chacun; s’il se donne à tous comme la manne qui avait tous les goûts, c’est sous la forme la plus accessible et la plus humble, parce que dans cette dégradation sublime sa bonté et sa dignité exigent qu'il