‹ L'actionChapitre 227 sur 273 · A TE · texte numérisé non relu

A TE

loir divin qui reluit à travers l'obscurité du signe sensible. C’est donc dans le commandement formel, dans l'acte rituel, dans la matière sacramentelle que réside le parfait aliment, seul capable de vivifier une pensée et une volonté animées par la foi. Ce qui est visible et matériel, dans la pratique littérale, n’est point pratiqué comme tel; on ne s’y guide pas d’après le; phénomènes. Et, sous l’enveloppe sensible qui sert à donner prise à l’action, on touche, on possède la réalité que n’atteignent pas les sens. L'acte, tout en gardant son aspect et ses lois naturelles, se produit tout entier dans l’absolu. Il semble qu’en obéissant au précepte l’on fasse descendre en soi la vérité éminente qu'il exprime. C'est vrai; mais aussi l’on transforme et l'on fait monter en elle l'acte qu'il prescrit. Le précepte littéral est, si l’on peut dire, plus vivant et plus spirituel que l'esprit dont il s'empare. Nous l’absorbons en nous, et c’est lui qui nous absorbe en lui.

La.lettre véritable est donc la réalité même de l’esprit : elle nous en manifeste la vie inaccessible en son fond; elle nous le communique, pour que nous puissions l’engendrer et le faire revivre en nous. N'est-ce point par le corps que s’accomplit la génération ? il s'y consomme un mystère impénétrable à l’entendement, le prodige d’une fécondité qui, par une opération très singulière, met l'espèce entière en chaque vivant. Tout de même, n’est-ce point par la parole révélatrice et par la pratique soumise que s’insère diversement, mais toute en chacun de nous, une pensée et une vie qui n’est pas de nous. A-t-on réfléchi à l’étrange puissance de la greffe? il suffit de quelques cellules vivantes, entées sur la tige, pour qu’à cette douane intérieure une révolution physiologique renouvelle la sève du sauvageon, et, brusquement, par une magie naturelle, la fécondité remplace la stérilité : ainsi l’insertion en nos viscères d’une pensée de foi et d'une opération sacramentelle réforme et transfigure les fonctions de la nature. La sève humaine est l’aliment de la vie surnaturelle; mais c’est cette vie qui pousse fructueusement et s’épanouit en nous pour porter enfin des œuvres pleines.

Et c’est une comparaison imparfaite encore que celle de la greffe : car lasève enrichie ne redescend pas aux racines de manière à en faire jaillir la fécondité directement..Au contraire, dans l’opération merveilleuse qui, par une double assimilation, forme de deux vies infiniment séparées une synthèse et une action unique, la pratique littérale insinue jusqu'aux plus humbles fonctions de

Page 1