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LES CONDITIONS DE L’ACTE RELIGIEUX

l'organisme le germe divin : elle associe le corps à une vie plus haute que celle de l'esprit. Et c’est de cette matière sacramentelle, sous laquelle l'infini vivant semble anéanti et comme mort, que doit ressusciter, par l'effort de la bonne volonté, cette vie divine

et humaine tout ensemble. Tous, nous avons à nous enfanter, en enfantant Dieu en nous, 0soréxo:. Et, comme s’il fallait être Dieu pour être pleinement is ll Foie , malgré son incompréhensible faiblesse, est tel qu’il a en lui assez pour que nul autre être ne puisse être plus grand. Le don que lui apporte l’action religieuse s’incorpore si étroitement à sa substance que la nature humaine devient capable de produire et de créer en quelque façon celui de qui elle tient tout; comme si, en même temps, le donateur voulait tout tenir du donataire, et comme si l’homme, appelé à satisfaire enfin l'excès infini de son vouloir, devenait, suivant une parole de saint Thomas, « le Dieu de son Dieu ».

Pour suivre jusqu’au bout le déterminisme des exigences de l’action humaine et la chaîne des relations nécessaires à l’achèvement de notre destinée, il faut donc que Dieu s’offre à nous come anéanti, afin que nous rendions à cet apparent néant sa plénitude. A ce que nous devons concevoir et souhaiter, il se fait si petit, que nous pouvons le tenir; si faible qu’il à besoin que nous lui prétions nos bras etnos actes; si condescendant, qu’il se livre au flux et au reflux de la vie sensible; si dépossédé, qu’il faut que nous le restituions à lui-même; si mort, que nous devons l’engendrer à nouveau, comme dans le travail mystérieux qui tire des aliments inertes les membres vivants. C'était la grande tentation de devenir « comme des dieux »; rêve impossible. Et pourtant il semble donné à l’homme d'opérer un plus merveilleux prodige : pour être, nous devons, nous pouvons faire que Dieu soit pour nous et par nous.

C’est jusque-là qu'il faut aller pour que notre volonté trouve enfin son équation, en rapportant sa fin à son principe. L'acte par excellence, c’est une communion véritable et comme une mutuelle génération des deux volontés qui vivent en nous. Est-il possible que les désirs de l’homme soient ainsi comblés ou surpassés ? qui n’a souhaité d’obtenir les adorations et d’être l’objet d’un culte? à la raison de dire que nous voulons l'être, à la foi de de dire si nous le sommes. Nous souhaitons encore, au delà, un excès de bien-que nous ne savons définir; et cet excès même, il faut qu’il soit promis à qui a la générosité de le vouloir : l’est-il

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ou ne l’est-il pas? Si tout acte doit féconder l’âme comme pour une conception divine, la mort même n'est-elle pas la dernière, la complète, l’éternelle communion; et ne faudra-t-il pas en effet l’éternité pour que l’homme puisse recevoir et absorber Dieu, ce Dieu que, pour être et pour vivre pleinement, l’homme a besoin de produire et de vouloir, comme il est connu et voulu de lui? I] ne nous appartient pas de satisfaire à ces exigences : il nous appartient de constater la capacité du vide préparé en nous.

Et qu'on ne cherche pas, sous l’étrange vigueur des mots qu'il a fallu employer, je ne sais quel sens symbolique, comme s’il devait être plus exact ou plus tolérable ou plus profond encore. Non; ce ne sont point là des idées à interpréter, mais des actes à pratiquer. Le véritable infini est moins dans la connaissance que dans la vie; il n’est ni dans les faits, ni dans les sentiments, ni dans les idées, il est dans l’action. Les apparentes étroitesses de Ia pratique sont immensément plus amples que la prétendue largeur de la spéculation ou que tout le mysticisme du cœur. L'esprit sans la lettre n’est plus l’esprit. La vérité ne vit point ‘ans là forme abstraite et universelle de la pensée : le seul commentaire qui la laisse intacte, c’est la pratique qui renouvelle, en chaque intelligence, le mystère de sa conception et la met toute en chacune avec la richesse de ses aspects contraires. Le ciel est, de science cerkaine, sous nos pas aussi bien que sur nos têtes : mais comme nous ne marchons encore et ne vivons que sur la terre, c’est dans le terre à terre de l’acte qu’il faut, malgré l’obstacle, voir le ciel étendu au delà. Cest à la lettre qu’il faut prendre la lettre, parce qu’en elle seule, et non dans l’interprétation qu'on en donnerait, se cache la réalité de l’opération qu’elle prescrit. La lettre n’est point d’abord pensée, elle est surtout pratique; et s’il y a, dans son obscurité même, des pa”'es claires et pénétrantes comme un regard aimant, c’est à la condition qu’elles restent décisives et tranchantes comme le glaive de l’action.

Ainsi se révele peu à peu l’ambition intégrale de la volonté qui se cherchait elle-même sans se connaître d’abord tout entière. C’est en prétendant s’égaler effectivement à sa propre puissance qu'’eile cesse de trouver sa suffisance en elle seule. Nous voulions, semble-t-il, tout faire de nous-mêmes; et voici que, par ce dessein, nous sommes amenés à reconnaître que nous ne faisons rien, . et que Dieu seul, agissant en nous, nous donne d’être et de faire

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