‹ L'actionChapitre 234 sur 273 · RELATIONS DU CONNAITRE ET DE L’ÈTRE DANS L'ACTION · texte numérisé non relu

RELATIONS DU CONNAITRE ET DE L’ÈTRE DANS L'ACTION

faut dire que la connaissance et l’action sont mutuellement autonomes et subordonnées; qu'entre la vérité et l’être il y a foncière identité et foncière hétérogénéité; qu’en v 1 mot il subsiste dans la pensée une présence nécessaire de la réalité, sans que la réalité soit nécessairement présente à la pensée. Même ceux qui, en théorie, ont attribué au vouloir le rôle le plus décisif dans la connaissance, n’ont pas su tenir compte en effet de la diversité qu'introduit en elle l’option suprême à laquelle est suspendue toute vie d'homme. Il faut, au contraire, tout en maintenant audessus des variations de la liberté humaine la vérité de l’être qui va apparaître comme une règle et une sanction, montrer que, suivant que nous recevons ou que nous refusons l’action de cette vérité en nous, notre être en est totalement changé. Le Verbe luit en tous, tous ne l’ont pas en eux. Il serait étrange que la question de la vérité et de l’être pût se trancher en dehors de la décision pratique que nous impose l’alternative à laquelle tout le mouvement de la science n’a eu d’autre raison que de nous conduire.

La connaissance est donc vive ou morte, selon que l'être, dont elle porte en elle la présence nécessaire, n’y est qu’un poids mort ou y règne par l'effet d’une libre adhésion. Aussi importe-t-il d'étudier ce triple aspect de la solution. 1° Comment la pensée conçoit-elle inévitablement la réalité de tous les objets qui ont apparu comme des moyens pour la volonté ou des conditions pour l’action? 2 De l’inévitable conception de l'être, que peut-on repousser, et que reste-t-il de cette réalité nécessaire dans la pensée qui l’exclut ou dans la volonté qui s’y dérobe”? 3° Qu'estce qu'ajoute à l’être nécessairement conçu et à la vérité forcément reconnue un libre aveu, une adhésion pratique? Bref, comment l'action parfaite consomme-t-elle tout ce qui avait servi à la constituer? Il s’agit donc d'établir, pour la pensée, la vérité absolue de toutes les relations posées en fait par l’action : ce qu’elle suppose de conditions pour devenir adéquate à ses exigences, il faut montrer qu’inversement c’est une réalité qui exige d’elle ce qui est requis pour qu’elle s’égale elle-même. Ainsi, en maintenant

substitué l'esprit chrétien à l’esprit hellénique dans la métaphysique. C’est une erreur. Le Verbe n’est pas moins lumière que vie. Et, comme le dogme enseigne la distinction dans l’unité des opérations divines, ainsi, en l’homme, la conception et la possession de la vérité réelle, quoique identiques en un sens, demeurent distinctes et, en fait, séparables.

430 CE QUI DE L'ÊTRE EST NÉCESSAIREMENT CONNU. l'entière hétérogénéité, il faut maintenir l’entière solidarité de la connaissance et de l’être qui en est l’objet. En un sens, la vérité de l’être s'impose toute du dehors, son sceptre est de fer. En un autre sens, elle est toute issue de la plus intime liberté, son joug est tout volontaire. Et ces deux aspects-sont, sinon inséparables, du moins corrélatifs : ils sont également fondés dans cette vive vérité qui, faisant tout le substantiel des choses, constitue encore ce qu’il y a de positif dans la connaissance privative et de réel dans l'erreur qui la nie.

La nature entière des choses m’est apparue comme la série des moyens que je dois vouloir, que je veux en effet pour accomplir ma destinée. Mais encore faut-il comprendre d’où vient que cette série de moyens m’apparaîit comme une nature réelle des choses. Pour que le rôle médiateur de l’action soit pleinement expliqué, il faut que ce double aspect soit pleinement justifié.

Il s’agit donc d'indiquer pourquoi la suite du déterminisme pratique, telle que la science de l’action l’a déployée, revêt le caractère d’une vérité réelle et comment s’engendre cette notion d'existence objective. Par là même on sura défini ce qui est inévitablement présent et inévitablement affirmé dans la plus élémentaire des assertions qui posent, devant l’entendement, la réalité d’un objet. Car, s’il est constaté que nous ne pouvons ni avoir la notion d’une existence véritable ni assurer la vérité d'aucune existence sans que le déterminisme entier des conditions pratiques soit au moins implicitement compris dans notre connaissance, il en résultera an même temps et qu’il est impossible de ne point ériger en objets pour la pensée la série totale de ces conditions, et qu’il est impossible, malgré la complète hétérogénéité des anneaux qui composent la chaîne, d’affirmer la vérité d’un de ces objets solidaires sans envelopper dans la même affirmation tous les autres.

Montrer comment s’engendre en nous l’idée d’existence objective, faire voir de quelle façon elle s’applique à chacun des termes de la série totale, chercher comment la valeur de la série profite à chaque terme et comment chaque terme implique la série entière, ce sera mettre en lumière ce qui, dans la connaissance,

Page 1