L'INÉVITABLE DANS LA CONNAISSANCE DE L'ÈTRE
pratique quelle qu’elle soit, sommes-nous invinciblement conduits à attribuer à cet ordre total des choses une existence objective, parce que, si l’on peut dire, cette vérité réelle des objets de la pensée est prélevée sur la substance même de la volonté. Et la question se tranche antérieurement au jeu dialectique des idées, là où le doute le plus hyperbolique ne pénètre pas, au-dessous de la région de l’entendement, avant l'intervention des pensées discursives, plus profondément que les nécessités intellectuelles ne font peser leur joug, jusqu’au principe même de notre personnelle adhésion à notre nature, jusqu’au point où nous nous voulons nous-mêmes : nous sommes incurablement, les choses sont incurablement pour nous.
Et qu’on ne l’oublie jamais, c’est de la série intégrale qu’il s’agit. Rien ne vaut, dans le système des choses, que par la continuité et l’unité du déterminisme total. Pour proposer à l’entendement la moindre idée de l’ensemble, il faut proposer à la volonté, au moins confusément, l'alternative qui implique tout entier. Quoique distincts, jamais l’usage spéculatif de la pensée n’est indépendant de l’emploi pratique de la vie. Et, si l'immense multiplicité des objets est enveloppée d’abord dans l’idée abstraite d'existence objective et dans le cadre vide d’un déterminisme unique, c’est parce que la destinée est toute soumise à une même question, à l'unique nécessaire. La série des causes efficientes qui, fournissant à l’entendement l’enchainement intelligible de ses objets, lui propose le problème de l’être, est à la fois corrélative et irréductible au système des causes finales qui, par la hiérarchie des moyens offerts à la volonté, nous amène à résoudre le problème de notre être. Cette double unité de série et de système est donc nécessaire à toute pensée que nous avons d’un objet, c’est-à-dire à toute pensée; et, réciproquement, la simple idée d’une existence objective implique la double loi qui ne forme qu’un seul et même déterminisme. Bref, ce qui est nécessairement volontaire est conçu comme réel et indépendant de nous, parce que ce doit être librement voulu. Causalité et finalité, objets enchaiînés devant l’entendement et fins ordonnées dans la volonté, c'est ainsi que l'être et la pensée sont l’un pour l’autre. L’idée de l’être est subjective, parce nous l’impliquons dans tout acte de volonté; l’idée de l'être a, pour nous, un sens objectif, parce que ce qui est produit en nous nous apparait comme un système de moyens et de fins encore extérieurs à notre vouloir et à notre être; car sans
NS