L'AFFIRMATION DE LA RÉALITÉ DES OBJETS
Jassimilation de ces objets et la possession de ces fins nous ne sommes pas ce que nous voulons être. Ce n’est encore là que la simple notion abstraite et générale de l’existence objective; mais déjà, pour en expliquer la génération nécessaire dans la conscience, il faut arriver à voir que le problème intellectuel de l’être est posé en même temps que le problème moral de notre être.
IT. — Il s’engendre forcément en nous l’idée d’un déterminisme à la fois un et total. C’est une série et c’est un système. Mais il ne suffit pas de le concevoir ainsi; c’est une nécessité, puisque nous aflirmons la réalité du système, d'affirmer celle des objets qui le constituent et sans lesquels il n’est pas. Non seulement le phénomène qui occupe une place dans la série des causes et des effets ne subsiste réellement pas dans notre pensée s’il n’occupe une place dans le système des moyens et des fins; mais encore il n’est vraiment pas pour nous, s’il n’emplit par sa nature singulière le cadre vide de la simple possibilité. Les lois qui gouvernent le concret, füt-ce une loi de convenance et d'harmonie comme celle de finalité, ne sont encore que des abstractions. Pour que la notion d'existence objective soit dans la conscience, il faut que cette abstraite conception se réalise dans des objets concrets. Et c’est ainsi que la connaissance est solidaire de l'affirmation d’une réalité déterminée. Cette affirmation est un fait, indépendamment de la valeur même des objets. La notion d’une connaissance objective et celle d’une existence réelle, quoique très distinctes, sont connexes.
Il ne suffit donc pas de chercher, dans le double lien du déterminisme et de la finalité, le secret de notre inévitable croyance à une réalité extérieure. La chaîne du déterminisme n’est que par ce qu'elle enchaîne et détermine. Non le système, mais ce qu’il contient, mais chacune des synthèses originales dont chacune
enferme la loi entière, mais la nature singulière et la qualité irré-
ductible de chacun des objets donnés à l'intuition, voilà ce dont il faut fonder la valeur objective : ils en ont une, puisqu'il faut que ce déterminisme même en ait une pour nous. Chaque terme est soutenu par la série complète; la série est riche du contenu de chaque terme. Chaque anneau moyen participe à la solidité du tout et existe à part comme un monde. Voilà comment, dans la solidarité totale et la continuité universelle, toute synthèse particulière apparaît avec un caractère d’absolue.hétérogénéité et d’entière originalité. Voilà comment aussi tout objet particulier
peut devenir, pour la volonté, la matière d’une option et nous … amener à résoudre l’alternative qui décide de la vie.
De là résulte la notion précise qu’il convient d’avoir de ce déterminisme. L'unité qu'il établit entre tous ses termes hétérogènes . n’est exclusivement ni celle d’une logique analytique, ni celle d’une construction mathématique, ni celle d’une synthèse expérimentale; c'est celle du plus complexe des liens, du lien causal. On s’est formé de la causalité deux idées extrêmes. — Ou l’on à vu, dans l’enchainement des causes et des effets, un rapport purement intelligible et une loi de la pensée qu’il est possible de déduire a priori, comme si ce déterminisme se réduisait à la. liaison nécessaire des mouvements, et comme si l’explication mécanique de la nature, comme si les déductions mathématiques elles-mêmes avaient cette cohérence et cette suffisance dont il a été établi qu’elles ne pouvaient se prévaloir. — Ou l’on n’a vu, dans la suite des antécédents et des conséquents invariables, qu’une relation arbitraire et une succession de fait. Ces deux conceptions trouvent également place dans une doctrine plus large. Il est vrai que la solidarité de tous les termes de la série est une nécessité pour la pensée; et il est vrai que chaque terme est si nouveau par rapport à tous les autres dont il dépend comme de ses conditions qu’il est impossible de l’en déduire. Et, si ces deux conceptions sont également fondées, c’est parce que, au lieu de voir dans la causalité universelle ou une vérité proprement subjective ou une relation exclusivement empirique, il faut, poussant linvestigation plus avant, y découvrir la loi nécessaire qui exprirne idéalement à la pensée l’enchaîinement réel des nécessités pratiques dont la volonté ratifie elle-même les exigences. D’où le caractère ambigu du lien causal : pour en étudier la nature logique, il faudrait remonter jusqu’au point où se révèlerait l’unité de l’emploi analytique et de l'emploi synthétique de notre pensée.
D'un côté, l’idée abstraite d’une réalité subsistante en soi; d'autre part, la notion de la qualité singulière et concrète qui détermine l’idée même de ce déterminisme, telle est donc la double affirmation qu'implique l’idée du lien causal; et les éléments de cette synthèse sont également indispensables à la connaissance distincte du moindre objet, partant à l’accomplissement du moindre acte humain, puisque le propre de l’action humaine : c’est toujours de se déterminer par la vue d’un objet ou d’une fin.
Ainsi nous acheminons-nous peu à peu vers cette conclusion.