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LA RÉALITÉ POSITIVE DE LA CONNAISSANCE PRIVATIVE

plète : elle est mise en évidence par cette méthode des suppressions qui semble laisser la vérité à part de la réalité au point de les rendre opposées l’une à l’autre; car, si la pensée nous propose forcément l’ordre universel des choses, cette représentation de la réalité est indépendante de l’acte d’où il dépendra que la réalité même soit ou.ne soit pas pour nous et en nous. — La solidarité est complète, elle aussi; car, si le vouloir résout le problème proposé par l’entendement, réciproquement la nature de la solution, c’est-à-dire le sens même de l’être et la manière dont la vérité est en nous, est liée à l’option de la volonté. On ne peut donc dire ni que la pensée et l’action sont indépendantes ni - qu’elles sont subordonnées : intimement unies, elles sont originalies l’une par rapport à l’autre, comme la vérité et la réalité même.

Aussi sont-elles mutuellement l’une pour l’autre une règle et une sanction. Dans l’homme qui agit comme si les êtres étaient sans l’Être, et qui accepte les moyens sans les orienter vers sa fin, la volonté continue à produire l’exigence de tout ce qu'il faut d’être à la connaissance, et la connaissance montre tout ce qu’elle exclut d’être nécessaire à la volonté : l'infini qu'il nous faut, elle l’affirme à qui l’a nié, mais pour refuser au négateur tout ce qu'elle lui affirme. Au-dessus des erreurs et des déviations de toute nature subsiste une vérité qui, portant en elle-même sa lumière, est sa propre preuve; une vérité qui, avec toute la précision et toute la rigueur de la nécessité, maintient sur toute raison et toute liberté ses droits souverains.

A cette question « quel est le minimum d’être qui subsiste dans l’homme qui en a retranché tout ce qui peut n’être pas voulu », on doit donc répondre : en lui, la connaissance subjective de la vérité demeure entière et positive; la connaissance objective de la réalité est entière, elle aussi, mais négative. La sanction est à la fois dans ce qu’il connaît de l’être réel et dans ce qu’il n’en connaît pas. Car, en sachant ce qui est à savoir, il sait également que la possession réelle de ce dont il s’est privé lui eût apporté un surcroît infini de clarté et de joie. C’est donc ce surcroît qu’il reste à définir; car la privation n’est réelle que par contraste avec la possession véritable, et c’est toujours le propre de l’action de garder en elle quelque chose des contraires entre lesquels elle a opté, quelque chose de ceux mêmes qu’elle a exclus. Mais toujours aussi la synthèse qu’elle forme est originale; et jamais la

science des contraires n’est identique. Si la connaissance subjec- … tive de la vérité, quoique coextensive à la connaissance privative de la réalité, a paru toute différente d'elle, la connaissance achevée qui unit à la vue du vrai l’entière possession du réel, différera de l’une et l’autre, quoique l’une et l’autre ne subsistent qu’en se rapportant à ce parfait achèvement.

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Pour que la vérité réside réellement dans la connaissance que nous en avons, il faut, dans ce qui est nécessaire en elle, que nous voulions ce qui peut n’être pas voulu, et que nous égalions ce qu’elle réclame de libre adhésion à ce qu’elle impose d’inévitable clarté. Il semble peut-être que c’est là commettre une confusion des compétences, et attribuer à la connaissance un caractère qui n’est plus proprement intellectuel, puisqu'il paraît subordonné à un acte volontaire. Qu’on se détrompe. Il ne s’agit pas, en voulant, de faire que la réalité subsiste en soi parce qu’un décret arbitraire l’aurait créée en nous; il s’agit, en voulant, de. faire qu’elle soit en nous parce qu'elle est et comme elle est en soi. Cet acte de volonté ne la fait pas dépendre de nous; il nous fait dépendre d'elle. C’est le rôle de cette connaissance nécessaire qui précède et prépare l’option, d’être une règle inflexible; mais, du moment où ce qu’elle a de nécessairement volontaire est librement voulu, elle ne cesse pas pour cela d’être une connaissance. Tout au contraire, elle y gagne de porter, réellement présent en elle, l’être dont elle n’avait encore que la représentation. Ce qui était simplement idée de l’objet dévient, en toute vérité, certitude objective et possession réelle ‘.

Puisque la connaissance a besoin d’être complétée et comme emplie par une libre adhésion qui, sans en changer la nature, en change la portée, que faut-il donc agréer en soi pour le mettre en elle? comment s’insinue en nous cette plénitude de l’objet? Si, pour les connaître vraiment, nous devons nous donner aux

4. Il importe, iei encore, de rester en garde contre toute meprise. En parlant de la possession réelle de l’être dans la connaissance, on prétend ne point sorlir des faits; on constate uniquement, qu’en agissant, comme si c'était, on connaît autrement que si on faisait comme si ce n’était pas. C’est cette différence positive qu’il y a lieu de définir avec précision, en déterminant ce qu’est pour nous l'existence réellement objective.

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