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LA RÉALITÉ NÉCESSAIRE DES APPARENCES OBJECTIVES

universelle confusion? Les limites de la connaissance présente et les singularités sensibles de l'individu ne sont-elles pas les conditions nécessaires de la distinction même des personnes? Est-ce qu’en faisant disparaitre les frontières de l’égoisme et les répugnances mutuelles des sensibilités plus impénétrables les unes aux autres que les corps mêmes, on ne va pas du même coup faire évanouir ce qui a toujours paru être «le principe de l’individuation »? — Non. Loin d’être une cause de confusion, cette universelle communion devient l’unique moyen de possession et de distinction parfaite ; elle est la seule manière de réaliser la personne humaine, et, par elle, de constituer tout le reste. C'est ce rôle médiateur de l’action dont il reste à justifier la vérité absolue.

IT. — C'est un étrange problème que celui qui s'impose maintenant à nous. Il ne suffit pas de posséder la connaissance nécessaire et l’idée d’une réalité objective ; il ne suffit pas d’avoir volontairement mis en soi cette vérité réelle ni de s’être mis soi-même en autrui par une action qui, communiquant aux autres tout ce que nous sommes, nous rapporte tout ce qu'ils sont. Il faut encore qu'ils soient eux en eux et que nous restions nous en nous. Et ces deux conditions sont solidaires : car si nous ne nous réalisons qu’en participant à ce qu’ils sont, nous ne sommes réels et distincts qu’autant qu’ils le sont eux aussi. C’est donc une nécessité de fonder la réalité extérieure des objets extérieurs, afin que vues du dehors les choses du dehors aient une réelle consistance : la vérité du dehors objectif est indispensable au maintien du dedans subjectif des êtres. Nous voici forcément amenés à chercher la réalité objective des choses, non pas dans un dessous toujours fuyant, non pas dans un des aspects qu’elles revêtent pour les sens ou pour l’entendement, non pas dans leur essence métaphysique ou dans l’intimité de cette vie incommunicable où nous pénétrons en les aimant, mais en tout cela à la fois. Leur être, c’est l'unité même de cette multiple apparence et la diversité simultanée de ces phénomènes universellement solidaires. Des termes que la science de l’action vient de parcourir par un progrès continu, aucun n’est ni moins ni plus solide que lPautre, tant que la relation qui les unit tous n’est point érigée elle-même en réalité. Par l’analyse de cette connaissance objective qui semble nous mettre en possession de la réalité, nous sommes conduits à réintégrer en elle tout l’apparent des choses, et à conférer à

toutes les formes de la connaissance et de l’action, aux illusions, aux erreurs même qui semblent nous priver de l’être, une vérité substantielle. Cet objectif apparent est l’élément commun qui forme l’unité du faisceau.

C'est donc de la totalité du déterminisme apparent des phénomènes, qu’il faut établir la certitude propre, en considérant non plus ce qu’il nous impose à nous de connaissance nécessaire, mais ce qu’il contient de réalité en soi. Il faut qu’il soit ce qu’il paraît, et que cé qu'’ila de nécessaire, d'objectif, d'extérieur, de despotique reste tel. Tout s’y tient : si tout n’y était pas réel, rien ne le serait; il faut donc aller jusqu’au bout de ces exigences, en montrant non plus que l’action médiatrice est un fait nécessaire à la constitution de tout l’ordre des choses, mais que la médiation de l’action est elle-même une vérité; qu’elle est réelle indépendamment des réalités dont elle constitue le rapport dans notre connaissance; et que cés réalités mêmes ne subsistent que parce que la médiation a une réalité intrinsèque. C'est-à-dire que toutes les conditions transitoires de l’action dont on a ramené l’apparente contrainte à n’être qu'une forme du vouloir le plus intime doivent devenir pour la volonté même une absolue nécessité et une règle définitive. Bref, il s’agit de conférer au phénomène tout « l’être en soi » qu'il comporte : c’est une nécessité qu’il en ait un; sinon, faute de cette petite pièce, tout ce qui est fait redeviendrait néant; l’ordre entier de la nature se disperserait, la personnalité même s’évanouirait, et rien de ce que nous avons conçu ne serait concevable : la solidité du système entier est intéressée à la consistance du moindre phénomène.

- Et si, à regarder en bas aux conditions les plus élémentaires de ‘l’action, la vériié réelle du phénomène doit être fondée pour que tout le reste le soit, à regarder en haut, cette même nécessité se révèle plus nette encore. Là ce serait l’ahéantissement ; ici, l’absorption de tout être distinct dans l’immensité divine : et comme si le petit individu que la conscience nous montre en nous n’était qu’une passagère illusion; comme si, le voile du mystère sensible une fois déchiré par la mort, les étroites limites de la personne même devaient tomber à jamais, la légende de Christophe, terrassé sous le faix qui semblait si léger, serait le symbole de notre accablante destinée. Mais non. Loin d’être une gêne et un resserrement, les déterminations individuelles sont, pour l’homme, la condition et le moyen de son immense dilatation : s’il a une vocation divine,

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