QUE SIGNIFIE ÊTRE OBJECTIVEMENT
finale dela vérité acquise. De partet d’autre, sans doute, se révèlent
cette fécondité de la pensée et cette initiative génératrice sans laquelle rien n’est en ::ous. Mais de l’un à l’autre se place comme un moyen ou comme un obstacle la série intégrale des choses dont la science de l’action vient de dérouler l’immense enchaînement. Ce qui surgit du fond de notre aspiration volontaire, voilà ce qu’il faut nous assimier par une adhésion pratique; le voulant à nous, c’est dire qu’il n’est pas de nous; et l’action, en tendant à rendre subjective la réalité que nous proposait une première vue subjective de l’objet, détermine ce qui est proprement objectif dans notre connaissance. La différence de ces deux termes subjectifs, tel est exactement l’objet réel; et pour que ce mot ait un sens, il faut qu'il s'applique à ces synthèses hétérogènes et solidaires qui nous ont apparu comme des intermédiaires naturels entre ce que nous voulons, parce que nous ne le sommes pas encore, et ce que nous devons être, parce que nous l’aurons voulu. D’eux-mêmes, ces deux termes sont irréductibles l’un à l’autre; ce qui les unit a forcément pour nous une réalité propre.
Qu'on analyse donc, sous la forme où elle est nécessairement conçue, l’existence objective : jamais on ne pourra la placer ailleurs que là. C’est, pour nous, une nécessité qu’elle soit; et il faut qu’elle soit ainsi : dans la conviction spontanée de tout homme, elle n'a point d'autre sens. La vérité et l’être ne peuvent être dans ce qui n’est pas connu, ni même connaissable; il faut que ce qui est connaissable soit ce qui est. Comment ce qui est connu comme objectif subsiste-t-il objectivement tel qu’il est subjectivement affirmé et voulu”? voilà donc le point à éclairer. En chaque forme de la connaissance se retrouve ce double élément, la production interne de la pensée apparaissant comme un objet, l’objet apparaissant comme un principe extérieur de perception et comme une fin pour l’action. Dans toute la série des phénomènes, se révèle cette même dualité d'initiative subjective et de passivité externe. Partout mélange analogue de connaissance produite et de connaissance subie. Et c’est là, dans ce qui a semblé être la ruine de toute affirmation objective, que va se découvrir le secret de toute existence réelle des objets pris comme objets.
(avait été une découverte de remarquer, comme Kant l’a fait, que même l'intuition sensible, dont on pensait qu'elle est toute a postefori, suppose un a priori, et qu’en raison de cette initiative subjective, il est impossible de porter à l’absolu le méca-
nisme de la nature ou de le réaliser hors de la pensée tel qu’il est en elle. C’est une découverte encore de retirer à cette conclusion critique la valeur absolue qu’elle ne garde que par une inconsé- . quence, comme s’il était légitime de se servir de l’entendement contre la sensibilité alors qu’on se sert de la sensibilité contre l’entendement. Supposer entre les phénomènes hétérogènes dont se compose la chaine du déterminisme des différences de nature et de solidité, opposer l’une à l’autre les diverses facultés, marquer des distinctions radicales entre les résultats variés de leur travail, c’est un reste d’idolâtrie. Fondées dans la mesure où elles portent contre tout essai tenté pour placer la réalité objective ici ou là dans un terme de la série des connaissances humaines, les prétentions du Kantisme sont illégitimes dans la mesure où, contentes de porter contre cette artificielle tentative, elles érigent en solution véritable et positive d’un problème réel la critique négative d’un problème fictif : vrai en ce qu’il nie, le Criticisme est faux en ce qu’il affirme. Tombées les chimériques questions qui le soutenaient, tombé le système qui les détruit. Elle aussi, cette doctrine conspire avec celles qu’elle combat, pour admettre qu’on doive chercher à déposer l’encombrante idée d'existence réelle en un terme, toujours reculé, de la série des choses; comme si, peu à peu chassé de l’intuition sensible dans les conceptions de l’entendement ou du noumène dans le mystère des vérités morales, l’être devait toujours être ailleurs qu’où l’on est. Les choses sont toutes également irréalisables quand on veut mettre la réalité, comme une chose distincte d’elles, en elles, et toutes également réelles quand on sait voir à quelles conditions elles sont toutes ensemble réintégrées dans l’être. La vérité est donc à la fois plus riche et plus simple que ne l’ont conçue les philosophes; et la voici, toute conforme au sentiment populaire.
Tout ce qu’on a appelé données sensibles, vérités positives, science subjective, croissance organique, expansion sociale, conceptions morales et métaphysiques, certitude de l’unique nécessaire, alternative inévitable, option meurtrière ou vivifiante, achèvement surnaturel de l’action, affirmation de l’existence réelle des objets de la pensée et des conditions de la pratique, tout n’est encore que phénomènes au même titre. Qu'on les considère chacun à part; aucun ne peut être réalisé. Tous appellent une critique qui nous emporte au delà de ce qu'ils sont, sans qu’on puisse s’y tenir, sans qu'on puisse s’en passer. Ni l'étendue
ANSE Le