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QUE SIGNIFIE ÊTRE OBJECTIVEMENT

ou la durée, ni le symbolisme scientifique, ni la vie individuelle, ni l'organisme social, ni l’ordre moral, ni les constructions métaphysiques ne comportent d’être érigées séparément en réalités subsistantes : autant vaudrait dire que la société peut vivre sans la famille. Ce que l’Esthétique Transcendantale est pour les intuitions des sens, une critique analogue doit l’être pour les

symboles scientifiques ou pour les conceptions rationnelles ou

pour les lois de l’éthique. Chaque ordre de phénomènes est également original comme une synthèse distincte, transcendant par rapport à ceux qui en sont les conditions antécédentes, irréductible à ceux auxquels il semble subordonné comme à ses conséquents, solidaire avec tous, ne trouvant en aucun son explication totale, n’ayant sa réalité ni en lui ni dans nul autre. Prétendre découvrir dans l’un des anneaux du déterminisme la solidité de la chaîne entière parce que les autres anneaux sont sans consistance, cette recherche n’a pas de sens. Au jugement populaire, ce qui est, ce n’est pas ceci ou cela; c’est tout ceci et tout cela; et le peuple a raison. Point de privilégiés : le phénomène sensible, par exemple, est gros de toutes les explications et de toutes les connaissances ultérieures qu’il paraît d’abord exclure, mais qu'il implique en effet; chaque ordre de vérités semble constituer un tout suffisant et former un déterminisme exclusif de tout autre, mais ces déterminismes différents sont tous reliés et n’en font qu’un. Ainsi, dans la perception du moindre fait, est déjà enveloppé le problème métaphysique ou moral. La réalité n’est donc pas dans l’un des termes plus que dans les autres, ni dans l’un sans les autres; elle réside dans la multiplicité des relations réciproques qui les solidarisent tous; elle est ce complexus même. Placée dans la série, notre connaissance subit et produit les choses, comme médiatrice; ce qu’elle subit, ce qu’elle produit, ce qu'elle est, voilà, à son point de vue particulier, ce qui constitue l’existence objective.

Ainsi, quelque étrange que paraisse ce‘te exigence, il faut que les objets soient ce qu’ils paraissent, et que leur réalité consiste, non dans je ne sais quel arrière-fond inaccessible, mais dans ce qui en est précisément déterminé et exactement connaissable. Ils ont semblé servir d’intermédiaires : c’est cette relation, c’est ce rôle médiateur qui constitue leur être et qui en fait la vérité absolue. Être, pour eux, c’est subsister tels que, indépendamment des défaillances de l’action et de la connaissance humaine, ils sont

Te

connus et voulus de nous. Il faut que le déterminisme des appa-

rences scientifiques soit, en vérité, l’ordre des objets réels, et que son despotisme extérieur se fonde dans l'intimité de l'être. Ce qui est par nous doit être encore sans nous ou malgré nous. Et ce que l’idéalisme subjectif présente comme la véritable expression de l'existence, il faut que. ce soit, en effet, la matière d’un véritable réalisme objectif. Les choses ne sont point, parce que nous les faisons être; mais elles sont telles que nous les faisons être, et telles qu’elles nous font être. C’est ce double aspect de la solution qu'il reste à éclairer.

IT. — Avant de déterminer toutes les conditions indispensables à l’existence des choses, il est nécessaire de voir comment elle est concevable. Définie comme elle vient de l’être, n’est-ell: pas impossible? Sans aller d’abord jusqu’à dire que les choses sont, sans nous ou malgré nous, telles que nous les faisons être, est-il intelligible qu’elles soient par nous et pour nous, telles que nous les connaissons? Est-ce que, pour prendre un exemple particulier dans la série des choses, la réalité du phénomène sensible peut être le phénomène sensible lui-même”? Comment donc comprendre qu’on soit ce qu’on connait ou que ce qu’on connaît soit?

D'un mot qu’il faut expliquer, la réalité du phénomène est comprise entre ces deux rayons dont elle est le point de convergence et qui, en se réunissant en nous, la constituent en elle. Les choses sont, parce que les sens et la raison les voient, et les voient en commun, sans que ce double regard qui, chacun à part, semble les pénétrer entièrement, se confonde en elles. Connaître, c’est être ce qu’on connaît, c’est le produire, l’avoir, le devenir en soi. Sumus quod videmus. La matière n'a l’être que si l'être devient matière lui-même, si ce qui est verbe intérieur et vie en soi est réellement chair. Ainsi donc ce que l’abstraction distingue dans la réalité sensible doit rester indissolublement uni : on en peut montrer les aspects irréductibles, on n'en peut pas désunir les faces solidaires. Et, précisément, c’est parce qu’il n’est possible

ni de les séparer ni de les réunir qu'entre ces deux apparences

connues subsiste ce qui en est le soutien et le lien, ce qui en fait la consistante vérité. Nous agissons en elles et sur elles, elles agissent sur nous et en nous. La connaissance, active et passive, que nous avons d’elles est, selon ce qu’il nous faut concevoir, le double fondement du phénomène, sensible et réel.

Voilà pourquoi il est également juste de dire que ces phéno-

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