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COMMENT L’ÈTRE OBJECTIF EST-IL CONCEVABLE

mènes consistent en ce qui est immédiatement saisi par l'intuition, et qu’ils consistent en ce que nos sens n’en perçoivent pas. D’une part, la science est une œuvre admirable qui, à mesure qu’elle descend d’abstractions en abstractions jusqu'aux rapports les plus simples et à l'unité la plus universelle des lois naturelles, dépouille le monde de ses masques sensibles; dans la matière même, elle manifeste ce qui est intelligible, accessible aux conquêtes de la pensée, indépendant du lieu et de la durée, obéissant à l'esprit, ce qui, à la limite et dans la parfaite connaissance, n’est que la pensée créatrice; elle tend à ramener l'univers à l'intuition divine de son auteur. D'autre part, la science est une œuvre admirable qui, à mesure qu’elle détermine plus exactement les caractères originaux des synthèses directement perçues, met davantage en évidence la réalité définie des qualités et des espèces sensibles, jusqu’à pouvoir dire que les faits d'expérience sont ce que nous les révèle la science expérimentale; qu'ils ont, dans cette connaissance sensible, une vérité rationnelle; que les phénomènes possèdent, en tant que phénomènes, une consistance certaine; qu’en un mot les choses sont bien plus profondes que nous ne le savons à seconde vue, puisqu'en même temps elles sont réellement telles que nous les connaissons synthétiquement par un premier regard. Et ces deux aspects ne sont l’un et l’autre réels que dans la mesure où, irréductibles l’un à l’autre, ils sont reliés dans l’unité d’un même acte de volonté, dans la perception d’une même sensibilité et d’une même raison.

C’est donc parce que la raison est inmanente au sensible et le sensible immanent à la raison, que ces phénomènes ont une suhsistance propre. Ils sont, parce que la raison les voit et pénètre le secret de leur production. Ils sont, parce que le sens les subit et devient passif de leur action. Leur être consiste précisément dans ce qui fait l’unité synthétique de cette double existence. Ainsi, par exemple, un paysage n’est qu’un état d'âme; et l'harmonie objective des lignes et des couleurs est certaine. Ainsi la douleur n’est que la conscience d’être la douleur; et elle est l’état même dont l’aperception cause la souffrance consciente. Ainsi l'univers n’est que ma représentation; et il est la condition préalable et la vérité scientifique de la connaissance sensible que j'en ai. Le phénomène a donc, en ce qui le perçoit, la réalité même de ce lien substantiel qui constitue la synthèse des éléments; car les choses qui n'existent pas pouf soi et qui ne sont en soi que pour d'autres

capables de les percevoir ont cette propriété d’être à la fois connues et senties ; c’est ce qui leur appartient : nous sommes en elles : par la connaissance rationnelle qui, grâce à son caractère d’uni-

versalité, les enveloppe toutes et en définit les rapports selon

l’ordre intelligible de leur production; elles sont en nous par la ”

perception sensible qui, grâce à son caractère singulier, les indi-" vidualise et les qualifie. Nousavons donc une connaissance absolue du relatif en tant que relatif; et c’est pour cela que ce relatifest. Il est, sans qu’il faille chercher derrière le phénomène une explication qui le dénatürerait. Il est ce qu’il paraît dans toute lasuite de ses manifestations hétérogènes, mais solidaires. Par la diversité de ses aspects, il est ambigu; et c’est cette ambiguïté qui en fait la vérité réelle. Son phénomène multiple est son être même.

Il ne suffit donc pas de dire que l'être des choses sensibles est d’être perçu, si l’on n’ajoute que le percevant est, lui aussi, par le perçu. Être objectif, c’est donc être produit et subi par un sujet; car avoir une action réelle sur un être réel, c’est être réel. Ainsi, pour qu’elles soient vraiment, il faut que les choses agissent, pour qu'elles agissent, il faut qu’elles soient perçues et connués : en effet, ne se percevant pas directement elles mêmes puisqu'elles ne sont pas causes de soi, 1l faut bien qu’elles soient perçues par qui est capable d’agir sur elles. Produites et subies, leur être c’est d’être actives et passives in uno, et, médiatement, in se. Insérée comme un terme nécessaire dans la série, la pensée, d’où dépendent les choses, doit aussi en un sens dépendre d’elles, pour qu’elles ne se réduisent pas à elle. Il faut donc comprendre comment la connaissance objective, quoique indispensable et identique à l’existence objective, en demeure distincte, et comment la pensée même, en fonction de laquelle nous venons d'exprimer la réalité du reste, n’est, elle aussi, qu’un terme moyen qui peut être exprimé en fonction des autres.

IT. — Tel se révèle donc l’ordre inaccoutumé, mais nécessaire des questions, celui même qui répond aux croyances immédiates et aux démarches naturelles de la pensée : nous concevons, nous affirmons inévitablement une existence objective; il faut, par suite, déterminer en quoi elle peut consister, et comment il est possible qu'elle soit réalisée, comment elle l’est nécessairement à nos yeux, puisqu'il faut qu’elle le soit pour nous. C’est, il est vrai, renverser les termes habituels du problème. Mais la question de l’être n’est pas préliminaire, elle est finale; et peut-être est-il

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