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LES CONDITIONS NÉCESSAIRES DE LA RÉALITÉ OBJECTIVE

ditionnelle pour devenir absolue : les rôles sont comme intervertis; et d’exigée qu’elle était par le développement de la volonté, la vérité objective devient exigeante et dominatrice.

Et, pour que cette multiplicité d'objets subsiste vraiment, c’est. donc encore une nécessité que leurs aspects indéfiniment variés soient perçus comme par autant de centres de perspective qui, d’un point de vue particulier, ramènent à l’unité cette diversité * même. D'où, la répétition et la multiplication des sensibilités, partout diffuses, qui, en contribuant chacune pour sa part singulière à l’infinie richesse de la nature et aux libres jeux de la divine sagesse dans l’organisation de l’histoire universelle, préparent l’œuvre nécessaire de concentration finale. Car, pour que les choses qui sont perçues soient perçues telles qu’elles sont, il ne suffit pas d’une connaissance perceptive ou passive, il faut une connaissance rationnelle et productrice; il ne suffit pas non plus d’une connaissance productrice ou rationnelle, il faut une connaissance perceptive ou passive. La réalité des choses c’est d’être médiatrices entre ce double aspect. Elles sont donc, à la condition que leur multiple hétérogénéité agisse sur qui les perçoit et les subit: elles sont, à la condition que ces multiples et passives perceptiors, ramenées à l'unité d’une pensée capable de les embrasser toutes, se fondent sur une volonté qui, les produisant telles qu’elles sont, les agrée telles qu’elles paraissent. Ce qu’on subit passivement, on ne le devient et on ne le fait être qu’en rendant cette passion active et volontaire.

La réalité objective des êtres est donc liée à l’action d’un être qui, en voyant, fait être ce qu’il voit, et qui, en voulant, devient lui-même ce qu’il connaît. Si les choses sont parce que Dieu les” voit, elles ne sont d’abord que passives de son action créatrice et comme inexistantes en soi. Mais si les choses sont actives et vraiment réelles, si elles subsistent sous leur aspect objectif, bref si elles sont, c’est parce que le regard divin les voit à travers le regard de la créature même, non plus en tant qu'il les crée, mais en tant qu’elles sont créées et que leur auteur se rend passif de leur propre action. Elles ne consistent pas en une abstraite et inintelligible possibilité de perception, leur vive réalité tient à ce qu’il y à, jointe à la science universelle et à la divine omniprésence, une connaissance, totale et singulière à la fois, de toutes les synthèses partielles recueillies par toutes les sensibilités et toutes les raisons disséminées. Les choses ne sont donc ce qu’elles

sont, phénoménales et réelles, que dans la mesure où, passives et actives, elles ont initiative et puissance sur leur cause même, rencontrant ainsi leur principe et leur terme de déploiement en un même centre de qui elles tirent l’unité originelle de leur action empruntée, en qui elles trouvent l’unité finale des perceptions synthétiques dont elles sont la condition antécédente.

Ainsi à chacune des existences dérivées est essentiel le déterminisme total; et au déterminisme total est essentiel la pensée consentante qui l’enveloppe entièrement et singulièrement dans l'unité d’une action et d’une passion volontaires. Le critérium Cartésien de la véracité divine ne procurait à la vérité réelle qu’une apparence de fondement : il ne suffit pas, pour que ce qui est connu soit, qu’un être réel connaisse, il faut qu'il soit ce qui est à connaître, pour que ce connu ait l’être. Les êtres sont, mais non sans l’être de qui les voit et les fait être, pas plus qu'ils n'arrivent à se voir eux-mêmes sans sa lumière et sa présence. C'est donc aller plus loin et que tout réalisme et que tout idéalisme : car là où l’on prétendait trouver déjà, sous le nom de métaphysique et d’ontologie, la vérité de l’existence objective, il

ne faut voir encore que phénomènes déterminés et solidaires; là :

où l’on ne croyait rencontrer que phénomènes irréalisables, il faut savoir retrouver déjà la solidité de l’être qui les voit et les fait tous ce qu’ils sont, depuis les formes les plus riches de la pensée et de la vie jusqu'aux faits les plus bruts. La prétendue chose en soi est un phénomène encore; et c’est le phénomène qui devient véritable chose en soi : double avantage, de ramener ainsi à la science ce qui semblait étranger à l’ordre des faits positifs, et de porter à l'être ce qui semblait étranger à l’ordre de l’absolue réalité.

La réalité du phénomène et, avec elle, le système total et la cité même des esprits s’évanouirait sans cette double attache du relatif à l'absolu et de l’absolu au relatif. Non que le relatif soit le moins du monde nécessaire; il n’est réel que dans la mesure où il reçoit de l’absolu le don d’être cause dans l’absolu même : néces-

sité conditionnelle qui n’entame en rien la souveraine indépen- P

dance de la cause première, mais qui manifeste simplement à quelle condescendance de sa part est subordonnée l’existence des causes secondes. Quod sciebat ab aeterno per divinitatem, aliter temporali didicit experimento per carnem. C'est jusque-là qu’il

faut aller pour voir, sinon toute la raison et la fin véritable, du

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