LE FONDEMENT NÉCESSAIRE DE L'ORDRE RÉEL
moins les moyens de l'amour créateuf dans le don gratuit de l’être à d’autres que l’Être. Et, sans cette vue, jamais on ne réussira à fonder l'existence de quoi que ce soit. Passive en son fond, il faut, pour être, que la nature ait une action vérita le, et que cette action trouve, dans la passion volontaire d’un être capable de conférer à sa connaisance un caractère d’absolu, sa parfaite consistance. Peut-être que, destiné à recevoir en-lui la vie divine, l’homme eût pu jouer ce rôle de lien universel et suffire à cette médiation créatrice, parce que cette immanence de Dieu en nous serait comme le centre magnétique qui relierait toutes choses, ainsi qu’un faisceau d’aiguilles invisiblement rattachées par un puissant aimant. Mais aussi pour que, malgré tout, la médiation fût totale, permanente, volontaire, telle en un mot qu’elle assurât la réalité de tout ce qui sans doute pourrait ne pas être, mais de ce qui, étant comme il est, exige un divin témoin, peut-être fallait-il un Médiateur qui se rendit patient de cette réalité intégrale et qui fût comme l’Amen de l’univers, « testis verus et fidelis qui est principium creaturae Dei ». Peut-être fallait-il que, devenu chair luimême, il fit, par une passion nécessaire et volontaire tout ensemble, la réalité de ce qui est déterminisme apparent de la nature et connaissance forcée des phénomènes objectifs, la réalité des défaillances volontaires et de la connaissance privative qui en est la sanction, la réalité de l’action religieuse et de la sublirne destinée réservée à l’homme pleinement conséquent à son propre vouloir. C’est lui qui est la mesure de toutes choses.
Tout ce qui précède ne fait qu’exprimer les exigences inévitables de la pensée et de la pratique. Voilà pourquoi c’est un système de relations scientifiques avant d’apparaître comme une chaîne de vérités réelles. En pensant el en agissant, nous impliquons cet immense organisme de rapports nécessaires. Les exposer à la réflexion, c’est dévoiler simplement ce que nous ne pouvons nous empêcher d'admettre pour penser, et d’affirmer pour agir : sans toujours le remarquer distinctement, toujours nous sommes forcément amenés à concevoir l’idée d'existence objective, à poser la réalité des objets conçus et des fins poursuivies, à supposer les conditions requises pour que cette réalité subsiste : car, ne