L'ABSOLUE JUSTIFICATION DU RÔLE DE L'ACTION
pratique de la réalité, au moment même où la possibilité pratique de la négation semble entraîner impossibilité théorique de Ja certitude. Mais les obligations morales elles-mêmes ne sont qu’une nécessité en apparence suspendue; tôt ou tard ce qui doit être sera, car c’est ce qui est déjà; et les déviations, les fautes, les phénomènes illusoires resteront fondés à jamais dans la vérité qui en révélera l'erreur et la défaillance présente. La connaissance de l’inévitable nous indique donc ce qu'il faut éviter. En comprenant même ce qui ne devrait pas être, sans que jamais le mensonge et le mal cessent de subsister, la vue de ce qui est marque ce qui doit être. Le devoir, c’est ce qui est; mais ce qui . est enveloppe aussi toute dérogation au devoir. Ainsi est justifiée, sans dualisme, la distinction radicale du mal et du bien, et, sans monisme, la réintégration totale du faux et du vrai dans l’être. Pour la science, entre ce qui paraît être à jamais et ce qui est, quelle différence saurait-on découvrir? et comment distinguer la réalité même d’avec une invincible et permanente illusion ou, pour ainsi parler, d'avec une apparence éternelle? Pour la pratique, il en est autrement : en faisant comme si c'était, seule elle possède ce qui est, si c’est vraiment. Qu'on ne prétende donc jamais en trouver, dans une théorie quelque parfaite qu’elle soit, un équivalent trompeur. On ne résout pas le problème de la vie sans vivre; et jamais dire ou prouver ne dispense de faire et d’être. Voilà donc absolument justifié, par la science même, le rôle de l’action : la science de la pratique établit qu’on ne supplée pas à la pratique.
Ainsi c’est une nécessité de supposer la vérité de l’ordre naturel, de l’ordre surnaturel, et du divin intermédiaire qui en fait le lien et la subsistance. C’est une nécessité encore de ne pouvoir ni en chercher la confirmation ailleurs que dans la pratique effective, ni manquer de l’y rencontrer. Supposons que l’action nous lait donnée. Et alors l’anneau qui ferme la chaîne est parfaitement attaché. Il fallait que les déux bouts fussent joints, ils le sont; il fallait que la nécessité du déterminisme total fût recueillie dans un libre acte de volonté, elle l’est tout entière ; il fallait que le rôle médiateur de l’action fût absolument justifié et fondé, il l’est; il fallait que cette médiation fût un principe d'unité et de distinction, elle l’est : nous sommes des êtres dans l’Être. Les apparences elles-mêmes, la durée, toutes les formes inconsistantes de la vie individuelle, loin d’être abolies, participent à la vérité
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absolue de la divine connaissance du Médiateur. Le temps n’est” que ce qu'il est quand il est passé, quand il entre dans l’éternité; mais il est, parce qu’il demeure éterneHement vrai que sa mobile et fuyante apparition est connue sous la forme de la succession. - La personne humaine semble passer, mais ses actes sont au delà” de ce qui passe. Et ainsi, sans cesser de toucher aux rives du temps, l’homme use et jouit de l’éternité en même temps que du. renouvellement perpétuel de la durée : du point dans lequel il” semble borné afin de rester un individu distinct, il use et jouit. de l’universalité en même temps que de la singularité de sa vie | personnelle. Appelé à voir toutes choses dans l’unité du plan divin, par les yeux du Médiateur; appelé à se voir lui-même dans : l'acte permanent de la libéralité et à s'aimer en aimant la per-. pétuelle charité dont il tient l’être, il est cet acte même de son. auteur, et il le produit en soi comme il est en lui. Par son vouloir. qui n’a pas toujours été, il s’unit à la volonté qui a toujours été. : Lui, il a commencé; et c’est cette limite qui demeure à jamais sa marque distinctive;. mais une fois que les apparences, sans” s’évanouir, s'ouvrent pour lui révéler toutes choses dans leur universelle raison, il participe à la vérité de l’amour créateur. Il n’est qu'immortel; il a la vie éternelle.
En constatant simplement la suite des exigences de l’action humaine, et en requérant ce qu’elle suppose de réalité pour se constituer, nous voici donc en présence du terme inévitable auquel, qu’on le sache ou non, est suspendu tout le développe- ment de la vie et de la pensée. Mais ce dernier anneau ne dépend de tous les autres que pour les faire tous dépendre de lui. Ce que nous exigeons pour agir est d'abord exigé de nous. Sans doute, … ce qui précède, ce qui accompagne, ce qui suit notre décision propre est conforme au plus profond mouvement de la liberté. « Mais aussi toutes les conditions sensibles, scientifiques, intellec- tuelles, morales et religieuses de la vie humaine trouvent, audessus de nous, leur principe et leur autorité. Voilà pourquoi, bien - ‘qu’elles soient impliquées spontanément en nous, nous avons à les reconnaitre par un.libre effort; et voilà pourquoi, bien que nous puissions nous révolter contre elles, elles ne cessent pas de : se réaliser en nous. Cette subsistance extérieure de la vérité inté- … rieure à l’homme, il faut, pour la justifier, une sorte de Métaphy- sique à la seconde puissance, qui fonde, non pas seulement ce
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