LE FONDEMENT NÉCESSAIRE DE L'ORDRE RÉEL
qu’une première métaphysique encore toute subjective nous pré-
sentait à tort comme la réalité même de l'être, tandis que c'était
une simple vue de l'esprit ou un phénomène spéculatif, mais
tout le déterminisme de la nature, de la vie et de la pensée. Ainsi, tant qu'elle se fait, la science n’a qu’à décrire et à enregistrer
% l’inévitable, elle n’a rien d’impérieux; mais quand elle est faite,
elle commande, et, par le seul ascendant de ce qui est, elle exerce sa judicature. Dès que la chaîne est nouée, tout le déterminisme, qui, était apparu comme le phénomène de la volonté humaine dans l’entendement, apparaît donc désormais en même temps comme une absolue réalité qu’impose l’entendement à la volonté. En sorte que, à la vérité du primat de l’action, ]1m Anfang war die That, & au commencement était l’Action », répond la grande affirmation de l’égale primauté de la vérité : « Principio erat Verbum ». Ce règne de la vérité est tout entier hors de nous, elle ne sera jamais désarmée de son sceptre de fer; mais aussi ce règne de la vérité est tout entier en nous, puisque nous en produisons en nous-mêmes toutes les despotiques exigences. Rien, dans la destinée humaine, de tyrannique; rien, dans l’être, d’involontaire; rien, dans la connaissance vraiment objective, qui ne sorte du fond de la pensée, c’est bien la solution du problème de l’action; et voilà resserré le nœud commun de la science, de la métaphysique et de la morale. Du moindre de nos actes, du moindre des faits, il suffit de tirer ce qui s’y trouve, pour rencontrer l’inévitable présence, non pas seulement d’une abstraite cause première, mais du seul auteur et du vrai consommateur de toute réalité concrète. Jusqu'au dernier détail du dernier des phéno-
mènes imperceptibles, l’action médiatrice fait la vérité et l’être
de tout ce qui est. Et il serait étrange en effet qu’on pût expliquer quoi que ce soit hors de celui sans qui rien n’a été fait, sans qui tout ce qui a été fait redevient néant.