CONCLUSION
Le besoin de l’homme, c’est de s’égaler soi-méme, en sorte que rien de ce qu'il est ne demeure étranger ou contraire à son vouloir, et rien de ce qu’il veut ne demeure inaccessible ou refusé à son être. Agir, c’est chercher cet accord du connaître, du vouloir et de l’être, et contribuer à le produire ou à le compromettre. L'action est le double mouvement qui porte l’être au terme où il tend comme à une perfection nouvelle, et qui réintègre la cause
finale dans la cause efficiente. Dans la plénitude de son rôle médiateur, elle est un retour de l’absolu à l'absolu; le relatif, qu’elle enveloppe et qu’elle soutient entre ces deux termes, elle l’absout. Absoudre, c’est donner le vrai et l’êtré à qui ne l’a pas de soi.
Le rôle de l’action, c’est donc de développer l'être et de le constituer. Sans doute, elle le détermine et paraît même l’épuiser, comme si l'effort était un appauvrissement de la vie, et comme si l'exécution dépréciait l'intention sans égaler jamais le réel à l'idéal. Mais il faut s'élever au-dessus de cette apparence : il est
- vrai que, dans la mesure où lagent est passif de sa propre opération et de l’activité des forces qu’il fait concourir à son œuvre, il souffre, dans J’action même, une sorte de détérioration; et l’intention garde en elle quelque chose que l'exécution ne produit pas d’abord. Toutefois l’action accomplie rapporte à l’être qui l’a coûçueet voulue, une richesse nouvelle qui n’était encore ni dans sa conception ni dans sa résolution. Tout ce qui était simplement idéal dans l’intention n'échappe pas à l’action; une part au moins
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s’y réalise; et ce réel est hétérogène par rapport à cet idéal. Voilà pourquoi, après avoir agi, nous sommes autres, nous connaissons
autrement, nous voulons d’autre façon qu'auparavant; et voilà pourquoi cette accrue-originale mérite d’être étudiée, plus que la …
tendance même qui pourtant semblait la préparer et la contenir
déjà tout entière. L'action est l’entre-deux et comme le passage par où la cause efficiente qui n’a encore que l’idée de la cause finale, intellectu et appetlitu, rejoint la cause finale qui s’incorpore peu à peu à la cause efficiente pour lui communiquer la perfection à laquelle elle aspirait, re. Elle paraît nous épuiser; elle nous
emplit. Elle semble sortir de nous; mais ce qui émane ainsi de
notre fond le plus intime nous ramène ce qui est au dehors comme une fin à atteindre, et nous rend immanente la Série totale des moyens par où nous tendons de notre principe à notre terme. Donner de soi, c’est donc gagner plus qu’on ne donne; et ia vie la plus sacrifiée ou la plus extensive est aussi la plus intense.
Il est vrai encore que les effets de l’action varient infiniment et sont même opposés selon l’emploi que l'homme fait de sa liberté en face de l’alternative dont on peut dire qu’elle est sa grande affaire et l’unique nécessaire. Mais il ne s’agit pas d’abord de régler ou de juger l’action; il s’agit de constater ce qu’elle est, et, si l’on peut dire, de mesurer son envergure d’une extrémité à l’autre de son développement réel. Cette vue complète de ce qu’elle est suffit à manifester ce qu’elle doit être; et l’autorité de la loi qui s'impose à elle naît justement de ce que la science ne part point de la loi même, mais de ce que, sans l'avoir cherchée, elle y aboutit, par l’inévitable ascendant de ce qui est. En s’y dérobant, on la pose encore, cette règle qui n’est pas seulement un idéal, mais qui est déjà une vérité, qui est la vérité même. Car c’est par ce qu’elles ont de réalité en elles que les erreurs. s’entresuivent, et qu’en les parcourant tou:°s l’on parvient à la réalité plénière qui les enveloppe et les juge toutes.
Aussi l’étude de l’action a-t-elle pour résultat nécessaire de justifier les termes mêmes du problème qui s'impose à tous, en expliquant entièrement la primitive ambition de l’homme, et de déterminer la loi de la vie humaine, simplement en constatant ce qui est. Veritas norma sui. Point d’exhortations ou d’instructions qui vaillent cette vue de l’inévitable. Pour communiquer à lPhomme la grande et salutaire inquiétude de sa destinée, la science n’a qu'à lui découvrir ce qu’il fait; elle n’a qu’à mesurer
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