LA DIALECTIQUE PRATIQUE
pement nécessaire de la vie, indépendamment de toute intervention de l’homme dans la trame des événements qui se déroulent en lui et hors de lui; et il désigne, en même temps, la façon personnele dont nous parvenons à nos fins dernières selon l’usage même de la vie et l'emploi de notre volonté. — Il est donc indispensable de montrer qu’il y a une logique de l’action, et que d'enchaînement des opérations volontaires est soumis à un rigoureux déterminisme. — Et il est indispensable de montrer que l’expérimentation pratique comporte une suffisante clarté; qu’elle supplée à la science, sans que la science y supplée; qu’elle offre une exactitude, scientifique à sa manière, même quand cette discipline morale est destituée de toute justification théorique. Envisager ce double aspect du problème, faire voir l’unité de la solution, c’est l’objet de cette conclusion.
Puisque c’est dans la vie même qu'il faut trouver la loi de la vie, et puisqu'il suffit de révéler à l’action tout ce qu'elle est pour la juger, cette double vérité va se trouver confirmée. D'une part, toutes les formes possibles de l’action sont compatibles en fait; la science de la pratique les recueille toutes; dans le réel, il n’y a pas de contradictoires, il y a seulement des contraires dont un même déterminisme enchaîne les développements opposés. D'autre part, sous ces formes diversement compatibles de l’action, se découvre un principe de contradiction qui, dans le fait même, maintient le droit, et décide absolument du sens de l'être. Ainsi compatibilité et exclusion, c’est ce sens profond de la loi de contradiction qu'il importe d'éclairer. Elle fait régner la vérité dans l'erreur sans abolir l'erreur; elle introduit l’absolu-de l’être dans le phénomène sans supprimer le relatif du phénomène.
Partout, dans l'histoire naturelle de l’action, il a été possible :
d'éliminer la variable pour ne considérer que le caractère commun et le trait essentiel à tout développement de l’activité humaine : écartant les appréciations prématurées et les jugements souvent téméraires qu’on porte sur la qualité des actes, il a fallu les étudier tous sans en qualifier aucun. C’est dire que, sous les formes. contingentes et arbitraires de la vie, il y a toujours une suite nécessaire et comme un squelette rigide sur lequel se fondent les
LA LOGIQUE DE L'ACTION. Pan
mouvements les plus souples et les plus variés. Il avait peut-être paru que plusieurs chapitres de ce livre, particulièrement ceux qui le terminent, dépassent l’ordre de la raison, ou qu’ils n’ont point la valeur impersonnelle et universelle, ni la nécessité contraignante de la science. Sans doute en apparence, on peut se dérober provisoirement aux conséquences de ce déterminisme de la pratique. Mais, dans le fond des choses, on n’y échappe point. Et la force d’une vraie Critique de la vie, ce doit être de retrouver, sous les déviations superficielles et temporaires, cette logique cachée de l’action dont les lois ne sont RE moins rigoureuses que celles des sciences abstraites.
Ce n’est point dire assez. Car toutes les lois de la pensée, toutes les formes particulières de la logique rentrent dans ce déterminisme concret de la pratique, dont elles ne sont qu’un aspect détaché. La logique de l’action n’est point une discipline partielle; c’est vraiment la Logique générale, celle en laquelle toutes les autres disciplines scientifiques trouvent leur fondement et leur accord. Pour en développer tout le contenu, il faudrait, par une analyse profonde des conditions que la volonté s'impose à elle-même, déterminer les ressorts mêmes de la destinée humaine : de cette entreprise, qui exigerait un traité distinct, il ne peut être dit ici que quelques mots, dans la mesure où la connaissance de cette nécessité inhérente à l’action a un intérêt pratique.
S'il est vrai que la volonté ne subit rien qu'elle ne ratifie et n’est rien qu’elle ne veuille, il n’est pas moins vrai que les conditions dont elle a besoin pour être ce qu’elle veut s’enchainent rigoureusement sous l’inspiration secrète de son propre dessein. Il n’est pas moins vrai que cette nécessité, qui a sa source en nous, est indépendante de nousetas n principe hors de nous dans la vérité réelle. Ainsi, pour être volentaires en leur origine, les lois de la pensée et de la vie n’en sont pas moins nécessaires et imposées dans leur application comme dans leur première institution. — Mais, justement parce qu’elles expriment l’inévitable vérité, et justement parce qu’elles sont fondées sur une secrète initiative de la volonté, elles gardent, dans leur nécessité même, un caractère qu’il est essentiel de mettre en lumière : les formes . particulières de la logique ont le droit d’exclure ou le devoir d'ignorer ce qui échappe à leurs prises; la Logique de l'Action, étant totale, doit, en un sens, comprendre et admettre ee même qu'elle Dane et qu’elle élithine Sa