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L'ASPECT SCIENTIFIQUE DES QUESTIONS PHILOSOPHIQUES

dans des plans différents. Il faut être plus radical : entre les objets Solidaires qu'étudie la science dans le même plan du déterminisme, il n’y a jamais de heurts, parce que la solidité de l’être y fait encore défaut. Mais, si l’on réussit à retirer d’abord l'être de partout pour tout livrer à la connaissance scientifique, c’est justement parce qu’on est amené d'ailleurs à le réinstaller partout,

en faisant du phénomène même une vérité métaphysique.

- Prendre les phénomènes pour ce qu’ils sont,-sans plus ni moins, cette réserve paraît la chose du monde la plus naturelle; mais, pour la faire, il fallait déjà s'être élevé à une conception plus haute : et, en la faisani, la philosophie est amenée à renouveler le sens de ses recherches; elle réintègre, dans la partie de son

domaine où règne la grande paix de la science, la plupart des questions où elle s’est perdue en controverses sans aboutissement -possible. Il est donc utile de considérer un instant à quelles illusions l’on est exposé, pour mieux voir à combien de fictives difficultés ou de divisions ruineuses il est aisé d'échapper. L’on y échappe à la simple condition qu’on exclura de l'étude du déterminisme de l’action toute préoccupation ultérieure. Il faut, ilest vrai, qu'il y ait toujours un problème ultérieur; mais c’est faute de l’avoir découvert où il est qu’on a été porté à lé mettre partout où il n’est pas.

— On est porté à chercher dans les données sensibles la vérité même et l’être réel. — Mais il faut que la pensée se mette en garde contre ce faux mysticisme; elle doit prendre ces données sensibles

- non pour une réalité exclusive de toute autre, mais telles qu’elles apparaissent comme un système de symboles à déchiffrer. Et, à voir quel effort de réflexion a été nécessaire pour affranchir l’esprit de la fascination des sens, il est aisé d’apprécier la force de ce prestige.

— On est porté à chercher dans les sciences positives l’unique secret de la réalité, et à tourner les conclusions qu’elles établissent, contre tout ce qui dépasse leur portée : ne voit-on pas certains esprits, tout pénétrés qu'ils sont par la critique Kantienne, attribuer aux symboles scientifiques une valeur métaphysique, ettraiter des fondements des mathématiques comme s’il s'agissait d’ontologie? — Mais qu'on ne l’oublie pas. Les sciences positives ne

sont qu’un symbolisme suivi; et, si nous trouvons en elles un moyen d'action, jamais pourtant on ne peut attribuer aux phénomènes qu’elles relient ni aux résultats qu’elles obtiennent, je ne

dis pas une portée objective, mais simplement une valeur subjective telle qu’on en puisse tirer quelque argument que ce soit contre toute autre vérité subjective. Elles ne permettent d’exclure ou de : nier quoi que ce soit, ni hors de nous, ni en nous. La contingence des relations nécessaires est la première des vérités positives.

— On est porté à chercher dans le déterminisme de la conscience l'expression même de la vie réelle, et à croire que ce dynamisme : interne exclut tout ce qui n’est pas automatisme et nécessité. — Mais idole encore que cet automatisme si l’on estime qu’il est le vrai et dernier mot des choses : loin d’être absolu et exclusif, il est relatif à la liberté. Entre le déterminisme scientifique et le déterminisme psychologique, il y a le même rapport qu'entre le déterminisme psychologique et la liberté même. Ils semblent se repousser; ils s'appellent. Automatisme des idées et libre arbitre. sont deux phénomènes solidaires. La liberté ne peut être niée au nom du déterminisme intérieur ou extérieur de la science, parce . que, réciproquement, la science est déterminée au nom de la liberté qui est l’âme de la vie intellectuelle et de la connaissance scientifique. La psychologie en apparence la plus positive n’est encore qu’une alchimie mentale tant que, sous ses recherches, elle msinue des préoccupations positivistes. Demander au psychophysicien s’il est monadiste ou au psychologue s’il exclut le libre arbitre, c’est l’étonner plus qu’on ne surprendrait le chimiste à qui l’on demanderait aujourd’hui s’il est partisan du phlogistique.

— On est porté, une fois la liberté admise, à chercher en elle l’unique ressort de l’action humaine, comme s’il fallait ou la repousser absolument ou l’affirmer exclusivement. — Mais pas plus qu’il ne faut la nier au nom du déterminisme antécédent, il ne faut nier, en son nom, le déterminisme consécutif À l’action. L’un des résultats essentiels de la science de l’action, c’est précisément de mettre en pleine lumière les suites nécessaires du phénomène de la liberté, abstraction faite des variations indéterminables de la

conduite humaine. Du fait seul qu’on veut, résulte un immense enchaînement de phénomènes nouveaux qui composent peu à peu le cadre même de la vie morale. Ainsi définie, la liberté n’inter- : rompt pas la série, elle est dans la série. Et le paradoxe le plus fort qu’ait peut-être justifié cette étude, c’est d'étudier le déterminisme des actions libres, sans toucher en rien à l’usage déterminé de la liberté même. ;

— On est porté à subordonner soit l’autonomie à l’hétéronomie,

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