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LE CHAMP DE LA MORALE

grande et décisive question de l’emploi de la vie : leur raison d’être, c’est de susciter pour nous ce problème; c’est dans la solution du problème qu’elles trouvent leur raison d’être. Omnia propter unum. La métaphysique est controversée, mais non controversable; elle l’est, parce que la science de ce qui est, sans être dépendante, est solidaire de la volonté de ce qui est. C’en est l'originalité.

Voilà donc le point précis autour duquel selivrent tous les combats, le seul signe de contradiction qui ne doive jamais disparaître, qui ne se dresse point seulement par l'effet d'un malentendu ou d’une ignorance passagère, qui ne laissera jamais les consciences dans la honte du repos. C’est l’unique affaire. Pour ne point la voir partout où elle n’est pas, il faut la voir là seulement où elle est. Elle n’est point dans les fictives oppositions du positivisme - et de l’idéalisme, ni même dans les combats de la nature et de la morale. Elle est toute dans ce conflit nécessaire qui naît au cœur de la volonté humaine et qui lui impose d'opter pratiquement entre les termes d’une alternative inévitable, d’une alternative telle que l’homme ou cherche à rester son maître et à se garder tout entier en soi, ou se livre à l’ordre divin plus ou moins obscurément révélé à sa conscience.

L’être et la vie ne sont donc pas pour nous dans ce qui est à penser, ni même à croire, ni même à pratiquer, mais dans ce qui est pratiqué en effet. Il faut, si l’on peut dire, décentrer l’homme et la philosophie, afin de placer ce point vital où il est en effet, non dans les objets qu’atteignent les sens, non dans les fins où se porte le désir, non dans les spéculations intellectuelles, non dans les prescriptions morales, mais dans l’action : car c’est par elle que se tranche forcément, en fait, la question des rapports de l’homme et de Dieu. Ainsi, comme la critique de la vie déplace et relève peu à peu le centre de perspective de la pensée, elle déplace ‘ et relève le centre d'équilibre de la pratique. Pour trouver l’équation de l’action, elle est appelée à embrasser et à dépasser tout l’ordre naturel. Sans apporter du dehors aucune contrainte ni aucun postulat, et par la seule énergie du ressort intérieur à la volonté humaine, elle force l’homme à s'ouvrir au don d’une vie plus haute, ou, s’il se renferme en soi, à se condamner lui-même.

III. — Tout le déterminisme de l’action a donc pour rôle de faire surgir inévitablement un conflit, parce que tout l’être des choses, et tout le sort de notre être est suspendu à l’inévitable devoir de

le résoudre volontairement. Même la conception que nous avons de Dieu n’est d’abord qu’un effet de ce déterminisme interne et qu'un ressort destiné à pousser le dynamisme de la conscience

jusqu’au point où il faut opter. La solution du problème est donc

fondée sur la totalité de l’expérience et de la science humaine; mais cet ordre naturel tout entier n'est qu’un moyen d’accom-

lir une destinée supérieure. Faute d’v accéder, la vie la mieux .

ordonnée demeure comme un cadre bien préparé, mais vide. Toute doctrine qui n’aboutit pas à l'unique nécessaire, toute philosophie séparée restera dupe de faux semblants. Ce sera une doctrine, ce ne sera pas « la Philosophie ». C’est lui rendre le meilleur service que de la mettre en contact avec cet ordre plus haut, où elle ne peut pénétrer, mais qu’elle ne peut ignorer ni extlure qu’en se mutilant elle-même : si elle ne va jusqu’à en marquer la nécessité, toutes les autres questions qu’elles traitent perdent leur sens et leur lien, elle n’est plus science; toute affirmation de

l'existence objective est destituée de signification et de fondement,

elle n’est plus métaphysique; toute pratique demeure privée de salutaire efficacité; elle n’est plus morale.

Ainsi se révèle l’unité du problème. Peu importe que la solution spéculative soit difficile à éclairer d’un peu de tumière, si la solution pratique n’est retardée ou compromise par aucune obscurité. La volonté la plus claire n’est pas toujours la plus distincte, et celle qui n’analyse point ses conditions est de même nature que celle dont la connaissance a pénétré les raisons secrètes. De récentes doctrines ont prétendu tout ramener, dans l’univers, à un vouloir obscur et irrationnel : il ne mérite pas ce nom. C’est dans une volonté, non raisonnée d’abord, mais pouvant l'être, qu’il nous faut chercher le secret anticipé de notre être. Il s’agit du drame profond de nos vies : rien de fictif ou d’extérieur, ni dans la question, ni dans la solution même. Toute vie humaine est une logique exquise que des formules incorrectes peuvent envelopper d'illusions et d’entraves, mais qui finit toujours par les entrainer, souvent sans les avoir examinées. Déployer simplement le contenu intérieur de nos actes, c’est être bien fort; car c’est s'appuyer sur un ressort qui, lentement peut-être mais sûrement, produit peu à peu ses effets. La science de l’action a pour objet de manifester la puissance de ce moteur interne. Soit qu’elle considère la déviation qui rejette à jamais la volonté hors de son centre, soit qu’elle contemple la merveilleuse façon dont l’homme, par

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