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ET LE BESOIN SCIENTIFIQUE

de plus ni de moins que les qualités secondes de la matière; et c’est illusion démasquée de prendre les unes pour l’envers réel de lapparence sensible ou de leur faire jouer mutuellement le rôle de phénomène et de substance. Mais cette relation dont on a reconnu l'inanité dans l’ordre ontologique entre deux termes aussi disproportionnés que les qualités sensibles et une prétendue réalité substantielle, on la reconstitue, dans le domaine scientifique, entre le calcul et la nature. Voici de quelle manière et avec quelles prétentions.

Les sciences mathématiques, lés plus anciennes, les plus rigoureuses, les mieux liées de toutes, ont paru longtemps, dans l’ordre idéal et abstrait où elles semblent se renfermer, avoir une indépendance et une suffisance entière. Si on en tirait certaines applications, c'était sans songer à rattacher cet usage concret de vérités abstraites aux principes mêmes et sans y voir une conséquence proprement scientifique du calcul. On s’en servait dans la pratique, mais sans les considérer comme corititutives de l'expérience et immanentes à la nature. Du mathématique au sensible, l’écart était trop grand pour qu’on s’avisât de voir dans le sensible même un objet de science et dans la nature un calcul réalisé.

Mais quand les connaissances d'observation, grâce à la précision d’une méthode distincte des anciennes formes de la démonstration, ont prétendu au rang de science, un nouveau problème a surgi. Peut-on relier la déduction mathématique aux faits d'expérience, et ne faut-il pas considérer comme un double aspect d’une même solution la formule de l'analyste et la loi du physicien? Hypothèse féconde que le succès a consacrée. Par leurs

. progrès parallèles et solidaires, les sciences exactes-et les sciences

expérimentales semblent en quelque sorte étreindre la nature par les deux bouts à la fois; et en se rejoignant dans le bonheur commun de leurs mutuelles applications, elles paraissent clore le cercle où la vie de l’homme se déploie naturellement. Elles règnent à la fois sur les nombres et sur les phénomènes, et elles règnent sur les uns par les autres : en sorte que l’action devient ellemême exacte et scientifique et que, sans dépasser cet ordre de la connaissance positive, elle semble trouver une stabilité, une certitude, une suffisance absolue. Et s’il est vrai que l’analyse du réel n'est pas achevée et ne doit l’être jamais, loin de s’en inquiéter, on s’en prévaut; car, même en face de l’inconnu, la science n’a

* pas à craindre de rencontrer le néant, ni l'être, ni l’inconnaissable;

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