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L'INCOHÉRENCE DES SCIENCES POSITIVES ET LA MÉDIATION DE L'ACTION

C'est un fait qu'entre les sciences déductives et les sciences expérimentales il y a un commerce fécond. La science même ne semble avoir de raison d’être ni de puissance de progrès que par cet échange assidu, c’est l’unité qui fait sa force et qui assure son empire. Mais de cette unité réelle et incontestée la science ellemême rend-elle compte? qu’on regarde à son double point de départ.

4. Je résume ici la recherche qui va occuper ce long chapitre parce que le caractère technique qu’elle revêt forcément la dérobe à quelques esprits. Et comme elle est nécessaire à la continuité de la pensée, il est utile d’en présenter un équivalent approximatif. Voici donc ce qu'elle tend à établir.

On ne peut se tenir à ce quelque chose dont l’intuilion sensible nous donne l’immédiate révélation; et c’est un besoin de chercher, derrière ces apparences, le secret même de leur apparition. — Or on a prétendu, et on prétend plus que jamais, que la science positive suffit à éclaircir ce mystère, et à le supprimer; on prétend que l’élément qu’on appelle suwbyectif, peut être entièrement réduit; il précéderait la connaissance scientifique, il ne lui survivrait pas. — Je montre au contraire que dans cette donnée primitive, il y a comme trois parts à faire : 1° ce que les sciences exactes ou «a priori déterminent; 2° ce que les sciences d'observation décrivent ;3° un indéterminé, qui sera l'objet d’une science nouvelle, proprement subjective ou philosophique. Ainsi le subjectif qui est avant, se retrouve, délimité et éclairci, après les sciences positives. Car en indiquant ce que les mathématiques sup- | posent pour se constituer sans expliquer ni dominer ce postulat indispensable,

je marque les bords du hiatus qu’elles franchissent. Semblablement j” indique ce qu ’exigent, pour subsister, les sciences expérimentales, et je marque aussi les rives de leur domaine. J’arrive ainsi, par une double approche, à définir

tenté a

D'un côté les mathématiques, grâce à une fiction qui réussit, supposent que l’analyse du réel est achevée; or comme, en fait, elle ne l’est ni ne peut l'être jamais, c’est en ce sens qu’elles ont un caractère idéal et transcendant par rapport à la connaissance empirique. Sans donc se perdre en une régression infinie, elles se fondent sur l’un, comme si lexpérience atteignait l’atome ou le point, sur l'homogène et le continu de l’espace, de la grandeur et du nombre, comme s'ils étaient la limite réalisable ou vérifiée

de la discontinuité et de l’hétérogénéité sensibles. L’antinomie .

du simple et du multiple, de l'indivisibilité et de la divisihilité indéfinie y est supposée résolue; c'est le principe même de tout calcul; et par cet audacieux artifice de pensée que justifie le.

succès, l’on fait comme si l’on tenait ce qui échappera toujours à |

nos prises, l'unité et le continu homogène.

D'autre part, tandis que les sciences déductives supposant au préalable l'analyse achevée procèdent par synthèse a priori pour déterminer le lien nécessaire qui forme une continuité parfaite, les sciences de la nature, en décrivant les êtres ou en déterminant

les faits tels qu’elles les observent ou les produisent, supposent -

toujours la réalité originale, la perfection relative, la suffisance de chaque synthèse en tant que synthèse. L'unité concrète y est considérée comme un total qui, bien que divisible, n’est pourtant

pas résoluble en ses parties : c’est à cette condition seulement.

que ces sciences sont possibles et valides; car, puisque nous ne connaissons le tout de rien, nous ne connaîtrions rien du tout, si nous ne pouvions nous attacher fermement à chaque degré que l’ordre des compositions ou des décompositions nous fait atteindre. Ainsi la vraie propriété de toute science fondée sur l’expérience,

c’est cela même qu'on ne déduira jamais, la nature complexe, la. discontinuité et l’hétérogénéité des objets qxelle prend comme.

négativement le champ de ce qui reste à connaître dans le quelque chose primilif. — Je fais davantage : car je montre que ce champ dont les sciences

n’abordent pas l'étude, est le point où de part et d’autre elles convergent et »

s’allient (elles ne subsistent en cffet que par de mutuels emprunts). — Bien

svétud

plus, je fais voir que c’est dans ce domaine réservé que chacune à part puise

sa propre inspiration et trouve sa cohésion intime. Loin done de réduire ou de supprimer l'élément subjectif, elles s’y subordonnent et y sont suspendues. Aussi ne suffirait-il pas non plus de reconnaître qu’il y a, présent à ces sciences positives, un tel élément, sans en déterminer le rôle; car on ne ferait par là qu’infirmer on que restreindre leur valeur, sans réserver à l'esprit Paccès d’une connaissance autre, de la véritable science subjective. qui est, on verra comment et pourquoi, science de l’action.

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