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types intermédiaires et des espèces de passage : la continuité empirique sera toujours une approximation, et ne représentera que d’une manière symbolique la continuité mathématique qui seule a une rigueur absolue. L'erreur du transformisme c’est d'estimer que toutes les formes de la science se relient d’ellesmêmes l’une à l’autre, sans voir qu’il y a en elles et entre elles une perpétuelle incohérence : attribuant la valeur d’une explication universelle à cela même qui a besoin d’être expliqué, il fausse ce qu'il apporte de vérités scientifiques par l'extension illégitune qu'il y donne. Il n’est donc qu’une construction hybride; et la vraie science de la nature c’est celle qui, sachant déterminer rigoureusement l’enchainement continu des êtres discontinus, s'attache à ce que chaque synthèse a de propre, rièe 71, sans prendre des relations pour des êtres ni une succession même historique pour une explication réelle.
. Aïnsi apparait, non plus seulement à la première inspection des sens ignorants, mais au regard le plus éclairé du savant, une hiérarchie de formes toutes distinctes, toutes solidaires. L’explication du monde par les sciences d’observation, tout en se fondant sur une continuité abstraite, doit être et restera discontinue; et sur l’ensemble comme sur le détail des objets de l’expérience, divers points de vue sont ouverts, diverses formes et pour ainsi dire divers degrés d'explication sont également légitimes : la mécanique, la physique ou la chimie, tout en se reliant de plus en plus entre elles, conservent leur compétence spéciale; elles ont prise sur des phénomènes qui, pour le reste, échappent à leurs prises. Ni l’étude de la synthèse ne dispense de déterminer les conditions élémentaires, ni la connaissance des éléments ne supplée à l’étude directe de la synthèse même.
C’est ainsi que l’inertie du corps brut manifeste déjà un dynamisme interne sans lequel le choc qui a tiré le mobile de son état de repos ne produirait pas son effet. De même le.germe vivant opère, avec les matériaux qu’il recueille, une véritable création, et, tant qu'il y a vie, il y a phénomène de surproduction. Entre l'excitation des circonstances extérieures et le stimulant de son organisme, c’est son organisme que l’animal subit le plus fortement. Dans le système nerveux, chaque cellule est pour ainsi dire un cœur qui, recevant un courant, le décharge avec une augmentation de force. La psychophysique révèle la progression victorieuse de l'effort sur la résistance à vaincre, et l'intensité de
ce qu’elle nomme les réflexes psychiques. La conscience émerge des fonctions organiques, sans en avoir conscience et sans s’y laisser réduire. Dans la réflexion apparaît un pouvoir d’inhibition ou d’impulsion que l’expérience populaire appelle la liberté et qu'elie croit capable de dominer les énergies de la nature ou de régler les instincts de la vie animale. L'opération volontaire à son tour procède de la pensée, de l’organisme, du monde, sans se rapporter à la multiplicité confuse des germes inconnus dont elle est l'achèvement. Chaque degré a donc une caractéristique propre, sans commune mesure avec nul autre. Résumé du tout, en même temps que nouveauté excellente, il ne peut être connu, de science, que s’il est relié au déterminisme universel par la continuité de la déduction, en même temps que perçu par l’observation directe, dans son unité synthétique.
Or c’est de ce concours que la science expérimentale ne rend nullement compte; elle ne subsiste qu'en admettant la jonction de deux ordres qui, à son point de vue, sont incohérents. La relation du calcul et de l’intuition, du déterminisme intelligible des faits et de la discontinuité sensible des données de l’observation lui échappe au début, au cours, au terme idéal de son développement; et pourtant elle vit sur cette relation mème.
Dans toute leur rudesse, voici donc les constatations qui résultent d’une claire vue des procédés scientifiques : — il & y à vraie science des phénomènes que si leurs lois sont déterminées par le calcul; — il n’y a vraie science des espèces que si leur conslitution intime peut être définie avec une précision numérique; —- il n'y a unité réelle de ces sciences que si la continuité mathématique s’y implante et les relie, parce qu’à leur point de vue les êtres ne sont qu'un système de phénomènes intégrés. Or, s’il a paru que l'application des sciences exactes à la réalité n’était point justifiée par elles, il parait également que le recours nécessaire des sciences expérimentales au calcul n’est point justifié non plus. Entre les sciences, en elles, il y a une faille qui à quelque degré de leur progrès qu’on les suppose parvenues ne disparaitra pas. Les mathématiques ont beau s’insérer dans la nature, la physique a beau se munir du calcul, comme si elles jouaient tour à tour le rôle de contenant et de contenu : malgré cette double coïncidence et cette mutuelle insertion, il y à dans lPunilé apparente de lexplication scientifique une invisible fissure, La science ne peut s'en tenir à la science.
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Comment donc s'opère en fait le rapprochement de ces tronçons séparés; et d'où la science tire-t-elle, avec la cohésion qu’elle n’a point et sans laquelle pourtant elle n'est pas, la vie et l'efficacité qu’elle a, puisqu'elle est?
Qu'on rassemble d’un regard les résultats des précédentes analyses : on va discerner le postulat final, le point précis où se fait, dans l’ensemble comme dans le moindre détail de la connaissance, le raccord d’où dépend toute certitude positive.
D'une part en effet, l’analyse mathématique ne rejoint jamais la réalité sensible, au terme de ses abstractions. D'autre part, l'observation directe a beau s’efforcer de rendre scientifique le
concret, le particulier, la qualité, en insérant sous l'intuition des ‘
sens un monde de déterminations quantitatives; loin de faire évanouir le phénomène qualitatif au sein d’une formule abstraite, elle en fait sallir l’irréductible originalité. Ni l'expérience ne peut fournir le pur abstrait, ni le calcul, le vrai concret; car le calcul est justement fondé sur ce que l'analyse réelle va à l'infini; et l’expérimentation sur ce que les constructions mathématiques ne produisent pas la synthèse réelle. Sans doute, par une illusion subtile, on se persuade que, du moment où les sciences exactes partant de l’abstrait aboutissent à des applications pratiques, du moment où les sciences expérimentales se fondant sur Pintuition sensible réussissent à y découvrir des déterminations numériques, il v a coïncidence et soudure de ces deux méthodes inversement symétriques de calcul et d'expérience. II n’en est rien pourtant; car le sens de l’unité, de l'analyse ou de la synthèse n’est nullement le même de part et d'autre. Dans ses calculs, la science expérimentale ne rejoint jamais Le calcul, parce qu'elle a pour unité, non le principe abstrait de l'analyse idéale, mais un élément concret. Bien plus, il n’est pas une vérité scientifique de quelque ordre que ce soit où cette dualité ne se retrouve; car toute construction mathématique suppose pour ainsi dire une expérience imaginaire de la synthèse en tant que synthèse; et toute observation distincte exige un travail d'abstraction qui, dans la masse confuse de l'intuition, détermine une unité et des relations numériques, auxquelles la qualité sensible demeure irréductible.