‹ L'actionChapitre 40 sur 273 · AU · texte numérisé non relu

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Or définir ainsi la difficulté, c’est dire qu'elle est résolue en fait, mais que, loin de voir dans ce succès effectif une solution, il faut y voir un problème.

I. — Elle est résolue en fait. Toutes les antinomies qu’on a prétendu découvrir dans le domaine de la spéculation, c’est dans la science même qu’elles résident. A regarder au fond des choses'elles ne portent pas sur l'être, et ce n’est pas l’ontologie qui est en jeu. Sous prétexte de combattre l'illusion métaphysique, Kant par la force de l'habitude acquise a encore subi l'illusion métaphysique en transposant la question : continuité et discontinuité, déterminisme et contingence, analyse et synthèse, déduction et production d'effets distincts de leurs conditions, voilà bien les termes du conflit, et le conflit s'élève au cœur des connaissances positives !, C’est donc la science qui elle-même est compromise, et on ne s’en alarme pas, on ne s’en aperçoit pas. Pourquoi”? parce que le problème est tranché, avant qu'on ait besoin de le formuler;

il l’est pratiquement, c’est-à-dire que l’action d’où procèdent les

sciences ne s’y épuise pas, qu’en les soutenant elle les dépasse et les déborde, qu’en permettant leur croissance et leur succès elle

prouve qu'il y a en elle plus que les sciences ne connaissent et

n’atteignent.

C’est ainsi que toutes les subtilités de Zénon n’empèchent pas Achille d'attraper la tortue : toutes les incohérences de la science n’empêchent pas le savant de dominer les phénomènes et de réaliser, grâce à l’industrieuse activité de cet homme que de récentes classifications décorent du nom d'Homo industriosus, les conceptions et les calculs abstraits de l'esprit. Il est magicien à sa façon, pour faire pénétrer son œuvre propre dans l’œuvre universelle. Notre puissance va toujours plus loin que notre science, parce que notre science, issue de notre puissance, a besoin d’elle encore pour y trouver son appui et son terme. Il y a plus, au point d'arrivée, parce qu'il y avait plus, dès l’origine.

4. Cest de If possibilité de jugements synthétiques a priori que Kant fait dépendre la métaphysique. En d’autres termes, c’est de l'accord possible entre l'a priori des synthèses analytiques et l’a posteriori des analyses synthétiques qu'il s’agit. Or c’est dans l'enceinte des sciences qu’a lieu le duel et la réconciliation, sans qu’on ait à considérer les phénomènes autrement que comme phénomènes ni à supposer rien d’autre à côté ou au-dessous. Et de cet antagonisme pacifié il n’appert qu'une chose, c’est que les sciences dites posilives ne peuvent connailre tout le phénomène.

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LA MÉDIATION DE L'ACTION. gi

Il est donc impossible que la science se borne à ce qu’elle sait, puisqu'elle est déjà plus qu’elle ne sait. De par la volonté qui la pose et l’entretient il y a en elle ce qu’on prétendrait exclure en decà ou au dèlà d'elle. Ainsi, dans ce quelque chose qu'on avait d’abord admis avec l'espoir que la connaissance positive l’épuiserait, subsiste un élément irréductible qui, au point de vue de ces sciences positives, demeure transcendant, sans cesser d'y être immanent.

Veut-on voir la présence et comme le stigmate de cette action médiatrice en toute connaissance? Qu'on se rappelle comment au principe de l'analyse mathématique un fait a été nécessaire, une expérience aussi simple que l'on voudra, la seule succession de deux états de conscience, la donnée toute nue d’une synthèse effective : action génératrice qui, nécessaire à l’entrée de la science, permet, à l'issue, le succès final. Qu'on cherche aussi comment de la combinaison des nombres on ferait-surgir les lois de l’arithmétique musicale ou des proportioi:s chimiques sans un emprunt à l'expérience, ou comment de l’algèbre supérieure l’ingénieur tirerait tout a priori la connaissance des matériaux résistants, sans l'initiative combinée de la pensée et de l’observation :. partout nécessité d’une action qui fournisse à chacune des sciences ce qui lui manque de l’autre; intervention indispensable pour quel chacune arrive à son point de départ, et pour que chacune, se justifiant par le succès pratique, se fonde $ur son point d’arrivée. C'est dire que toute discipline scientifique requiert pour subsister le postulat de l’action, et que l’action même doit devenir, si la volonté demeure conséquente au mouvement initial du savoir, objet d’une science propre. Elle ne résout l’antinomie des sciences positives qu’en posant un nouveau problème d’un autre ordre.

IT. — La science est une réussite : c’est donc de cette réussite qu’il faut rendre compte. Vainement essaierait-on de s’en contenter, de s’y enclore et des’ y fortifier contre tout désir, toute curiosité et toute foi supérieure. Puisqu’en elle se trouve inclus déjà ce qu’on en voudrait exclure, puisqu'on ne peut ni s’en passer, ni s’y tenir, il faut aller outre, en étudiant cæ qui dans la science est ultérieur à la science même.

Fait qui n’est pas expliqué, fait qui ne le sera jamais aux yeux du savant, mais fait certain et positif qu'il ne peut manquer d'admettre et de vouloir implicitement du moment où il admet

ri

la science. Sans doute il se persuade parfois que, malgré cette foncière insuffisance, les connaissances positives pourvoient assez aux besoins de la vie individuelle ou sociale; mais s’il l'affirine, c’est au nom d’une crovance arbitraire, par un décret qui n’a point dans la science son motif et sa justification. Il n’a rien fait pour résoudre le vrai problème; et il le suppose résolu au moment même où il retombe sous la loi commune de la naïve conscience. Est-ce parce qu’on connaîtra les fonctions abéliennes ou .les branchies des gastéropodes qu’on aura acquis une clarté de plus sur la vie? Si donc on cherche sincèrement une lumière dans la science, ce n’est pas aux sciences positives qu'on peut s'arrêter, puisqu’en elles le point vital demeure obscur; il faut au contraire, s’attachant à cet x qui résume dans son indétermination tout ce qui reste à savoir, en faire l’objet d'une nouvelle science autrement mais également positive. L’indéterminé, comme le remarque Aristote, est la catégorie de l’action. Non

qu'il s'agisse de pénétrer, par un bond téméraire, dans le domaine

contesté de la spéculation métaphysique; tout notre effort doit

| être au contraire de nous en tenir au fait, de déterminer avec

précision l’inconnue, et d'en découvrir la caractéristique scientifique. Ce sera l’objet du chapitre suivant.

Des précédentes analyses ressortent des conséquences considérables.

1° Les sciences positives résultent, dans toute leur étendue, de l’association constante de deux ordres irréductibles.

20 En raison même de cette incohérence et de cette solidarité, elles constituent simplement un symbolisme, arbitraire en son principe, suivi et lié dans son développement continu, vérifié

.par ses applications.

3° Mais ni les théories n’ont de rapport essentiel avec les conséquences expérimentales auxquelles elles semblent aboutir, ni les données de l’expérience n’ont de rapport essentiel avec les calculs qui semblent s’y réaliser. Bien plus, les unes et les autres, sans relation de nature entre elles, sont sans rélation de nature avec quelque troisième terme que ce soit. : nulle réalité intermédiaire ne doit survenir, dans la science, entre les deux séries fonctionnelles de ses symboles. Chaque série trouve dans l’autre sa matière et son apparente réalité. Chaque série, -quoique irré-

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