LES LIMITES DE LA CONNAISSANCE SCIENTIFIQUE
ductible à l’autre, doit symboliser avec elle. Il y à donc, en somme, un double symbolisme réciproque qui confère aux con-
naissances positives leur solidité relative. Elles sont d’autant plus
vraies qu’elles s'adaptent l’une à l’autre avec plus de facilité, de précision et de cohérence. Mais, en soi, elles ne sont pas plus vraies les unes que les autres.
4° Il résulte de là que les sciences n’ont point à se préoccuper d'expliquer le fond des choses. Elles ont seulement à constituer un système de relations cohérentes, à partir de différentes conventions et dans la mesure où chacune de leurs différentes hypothèses est contrôlée en fait. Comme il y a plusieurs façons de démonirer et d'exprimer une vérité connue, il y a plusieurs façons d'atteindre une vérité inconnue et plusieurs façons de la connaître. Ainsi la variété, la fécondité et pour ainsi dire la liberté de la science est illimitée.
5° Tombent ainsi les entraves qui assujettissaient les sciences à la nécessité fictive de représenter fidèlement et de construire de toutes pièces un monde cbjectif; un monde qu’elles pussent offrir à l'esprit charmé par la certitude et la précision de leurs résultats comme la réälité même; un monde, mécanisme prestigieux, dont on ne savait dire s’il était l’œuvre des sens ou de la raison, de la physique ou de la métaphysique. Ainsi, au lieu de chercher à réaliser les schémas de la cristallographie ou les constructions de la métagéométrie, il faut se garder d'attribuer une vérité substantielle même à l’espace du géomètre euclidien ou aux hypothèses atomistiques du chimiste.
6’ Tombent également les anciennes chaînes qui semblaient river la science et la philosophie. Toute construction spéculative qui prend les symboles scientifiques et les vérités positives pour matériaux est ruineuse. À la science appartient la notion des séquences invariables et de la causalité inconditionnelle; mais de la nécessité des vérités qu’elle établit, on ne doit conclure aucune nécessité de nature; car en elle il n’y a point de nature, il y a seulement des rapports; et le caractère arbitraire des définitions et des conventions initiales limite la nécessité des relations scienüfiques à ces relations mêmes. .
7° Mais est-ce à dire que les sciences voient se rompre tous leurs rapports avec la philosophie, et qu’elles ne fassent point partie intégrante du problème humain ? nullement. Ces liens qu'il faut briser au point de vue de la connaissance, les voici renoués au
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