LA CRITIQUE POSITIVE DES SCIENCES
point de vue de l’action. Les hypothèses, les symboles, les explications pourront changer, elles changeront même sûrement. Ce qui restera c’est le procédé de l'esprit dans la construction et dans la mutuelle adaptation de ces théories, c’est le sens même
| des recherches scientifiques. La connaissance positive ne s’épuise pas dans sa propre œuvre; et ce qui la fait être ne se restreint pas
à ce qu'elle fait et sait. On ne peut croire que les sciences n’aient pas une portée réelle; elles en ont une en effet, mais autrement qu'on ne le pense et à l’inverse de ce qu’on imagine ordinairement. Car c’est dans-ce qui £st scientifiquement et pour ainsi dire objectivement déterminé que réside la part arbitraire et la marque subjective de l’intervention humaine. Et ce qu’elles ont de réalité, c’est dans ce qui les détermine, non dans ce qu’elles déterminent, qu'il faut le chercher.
8 Ainsi devient manifeste le vice de la conception positiviste ou évolutionniste : € Le sujet, dit-on, n’est point par.lui-même objet de science; il n’est connu que par les autres méthodes scientifiques, en fonction des faits positifs; c’est un épiphénomène tout entier réductible à la face externe, un envers. » Erreur certaine : la connaissance subjective a un objet propre, puisque sa raison d’être c’est précisément d’être ce que ne sont pas les autres sciences et ce sans quoi les autres ne seraient pas.
9 Ainsi encore est résolu, à un point de vue positif, l’un des problèmes essentiels que la Philosophie Critique avait laissé sur un autre terrain. Au lieu de prendre pour point de départ les intuitions immédiates de la sensibilité, pourquoi en effet ne pas profiter de l'effort heureux que fait la science pour éclaircir cette première donnée de la vie? L’utilité des précédentes analyses c’est de mettre à contribution pour l'étude critique de nos connaissances et d'y faire entrer tout l’œuvre scientifique, c’est de montrer, par la seule vue des procédés et des résultats de la science, que toute cette part de notre richesse intellectuelle et de notre efficacité pratique ne porte que sur les relations des phénomènes.
10° Par là même est réduite à ses termes positifs la vieille question de l'originalité ou de l’innéité de notre pensée. Ce que les sens ou les sciences atteignent de leur objet, loin d'expliquer le reste, ne peut subsister qu’en fonction d’un reste. S'il a été ulile d’insister sur l’incohérence des méthodes et des vérités les plus certaines, c’est pour faire ressortir du même coup la certitude de ce qui en maintient la solidarité, Ainsi se trouvent établies à la
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