RÔLE DES SCIENCES DANS LE PROBLÈME DE L'ACTION
fois deux conclusions en apparence contraires, en réalité corrélatives : les sciences ne nous ouvrent aucun jour sur le fond des choses; les sciences exigent la médiation d’un acte qui leur est irréductible. Elles ne s’absorbent pas dans leur objet, et ne raménent jamais la connaissance au connu.
11° Il n’est pas nécessaire d’avoir pénétré tout ce subtil mécanisme pour être affranchi de la fascination des sciences positives. Subir ce prestige, c’est au contraire prouver par l'effet que la volonté, s’arrêtant à un terme prématuré, est inconséquente à ses propres exigences et qu'elle se donne à qui ne la mérite pas. |
12 Le résultat final de cette recherche, c’est donc de mettre | en lumière ce qui justifie l’ignorant et l’autorise à résoudre le | problème de sa destinée sans tout ce luxe de connaissances. La science de la vie reste accessible à qui n’en a point d’autre.
On prétendait réduire l’homme et ses actes aux seuls phénonènes que détermine la connaissance positive, ou ce qui, sous une forme différente, revient au même, on prétendait que le phénomène positif peut subsister sans l’homme et son action; et voici que cette prétention est insoutenable; elle est contradictoire, puisqu’exclure ce qui rend les sciences possibles et valides, c’est les renier au moment où on les admet et où on les exploite. Par cela seul qu'on les pose, on exige autre chose qu'ellés; on avoue que le mot complet de lénigme n’est point en elles; elles sont énigmatiques elles-mêmes. Ainsi tombe, avec la superstition de la Science, l’indigne présomption de quiconque, abusant auprès des simples du prestige d’un mot magique, se fait leur guide, comme si le savant en savait plus que le dernier des humbles sur le secret de la vie. On aura beau faire, l’on ne vivra jamais par les seules idées scientifiques; et malgré tant de progrès récents, on n’a point fait par cette voie, on ne fera pas un pas vers le fond intime des êtres et de leurs opérations.
Il faut le dire de toute sa force; et ce n’est pas opinion personnelle de l’affirmer ni fiction spéculative, c'est vérité acquise, xriux eis dei : Les sciences ont devant elles une carrière immense et restreinte; et c’est dans ce qu’elles savent que, sans recourir à aucune critique métaphysique, se découvre la certitude de ce qu'elles ne pourront jamais savoir. Elles croitront indéfiniment sans entamer d’une ligne le mystère qu’elles gardent au cœur. Le temps où il a pu sembler que les mathématiques, la physique