LES ÉLÉMENTS DE LA CONSCIENCE, ET LA SCIENCE SUBJECTIVE DE L'ACTION
Les sciences positives ne subsistent que grâce à un postulat permanent. Elles ont un continuel besoin d'admettre que les systèmes intelligibles ou organiques qu'elles considérent sont distincts des éléments dont ils sont formés, et que la synthèse et l'analyse ne sont pas réciproques. Car, on l’a vu, ne connaissant le tout de rien nous ne connaîtrions rien du tout si dans le phénomène donné il n’y avait qu’un complexe mécanique, et si ia synthese, construite 4 priori où constatée a posteriori, n'était pas un tout distinct et une nouvelle unité. Cest dire que dans toute vérité scientifique et dans toute réalité connue il faut supposer, pour qu’elle soit connue, un principé interne d’unité, un centre de groupement imperceptible aux sens ou à l'imagination mathé-
matique, une opération immanente à la diversité des parties, une | idée organique, une action originale qui échappe à la connais- |
sance positive au moinent où elle la rend possible, et pour tout dire d’un mot qui a besoin d'être mieux défini, une subjectivité.
Cominent déterminer cette inconnue qui a été réfractaire aux”
explications des sciences, mais dont la présence y est nécessaire et féconde? La question est doublement délicate; car il s’agit de définir ce qu’est le subjectif vu du dehors !, tel qu'il apparait dans
4. Parler ainsi, c’est s’accommoder aux habitudes communes de langage et de pensée. Mais en vérité on peut dire avec une égale justesse ou que le fait interne est une concentration et une expression de tout l'extérieur, ou que
l’objet de la connaissance, et ce qu’ilest vu du dedans par le sujet
même; bien plus, c’est le passagé de cette intériorité- objective, si l’on peut dire, à cette intériorité subjective qu'il faut étudier, afin de marquer à la fois comment il y a continuité de la science de l’objet à la science du sujet, et comment l'originalité de cette science de la conscience demeure entière. Le difficile, c’est donc de maintenir la relation et l’indépendance de ces deux ordres de connaissances, tout en montrant que l’un est subordonné à l’autre et que tous deux procèdent d’un même vouloir.
Cest la formule même à laquelle est suspendue l'existence des sciences positives: « Le composé multiple a en tant que composé une unité interne; et le lien des éléments a une réalité distincte des éléments eux-mêmes. » En effet c’est à cette condition seule que la synthèse mathématique est possible et utile, à cette condition aussi que la connaissance expérimentale réussit à s’attacher aux formes étagées de la réalité sensible, à cette condition enfin qu’il y a commerce fécond entre le calcul et l’observation qui retrouvent lPunité dans la multiplicité et la multiplicité dans l'unité.
le phénomène quel qu’il soit est tout intérieur à la consciénce; car vérités scientifiques, faits psychologiques, affirmations métaphysiques, tout cela est d’abord élat subjectif. Au lieu donc de chercher comment des connaissances positives il est possible d’extraire la notion d’un sujet, on pourrait montrer comment, au dedans même, nous sommes amenés à distinguer un dedans et un dehors. Sous cette dernière forme, plus précise peut-être mais plus paradoxale, la question maintenant discutée reviendrait à celle-ci : dans tout état de conscience, comment séparer ce qui est représentation objective et ce qui est acte subjectif? comment dégager et définir, à côté des fails posilifs, cet acle interne qu’enveloppe tout phénomène? — Pouvoir ainsi intervertir ou mêler impunément les deux formes, réaliste ou idéaliste, de la question, c'est la preuve qu’en effet tout préjugé mélaphysique ou critique
est écarté. Kant même est resté à mi-chemin : l’idéalisme transcendantal ou
subjectif ne saurait jamais être qu’un réaljsme retourné, puisqu'en raison de la révolution de pensée qu’il tente il cherche encore un centre de gravitation; ee qu'il retire de valeur à l’un des termes c’est pour l'attribuer à Pautre. Aussi, loin de s'inquiéter de la confusion nécessaire où ce chapitre se maintient, faut-il y reconnaitre la seule facon simple et vraie de décrire et d'ajuster les deux aspects du phénomène universel sans y ajouter aucun sous-entendu. C’est d’ailleurs le propre d’un système organique que les parties soient les unes pour les autres et même les unes par les autres: telle est l'organisation même des phénomènes dans la. conscience. C’est là tout ce qu’on prétend prouver, en montrant ici que l’action (non pas le fait, mais l’action), condition scientilique des sciences, devient elle-même matière de science.
è ù La :
né