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LE SUBJECTIF DANS LA CONNAISSANCE POSITIVE

Or l’unité d’une synthèse ne consiste que dans une relation interne des parties ; c’est la projection idéale de l’ensemble en un centre de perception. Le vinculum est de nature intelligible et, à vrai dire, subjective ; mais si cette indivisible-union d’une multiplicité intérieure à elle-même dépasse déjà le domaine des sciences positives, elle n’en est pas moins, aux yeux mêmes du savant, le premier des postulats ; et l’atteindre, c’est être monté au faite d’où se découvre un autre versant. Ce qu’il faut donc regarder à présent, c’est comment les phénomènes s’intériorisent, et comment de la connaissance objective même l'on est amené à extraire une notion de plus en plus précise du subjectif.

— En considérant dès leur point de départ l’homogénéité d’un tout solidaire pour y introduire la différenciation abstraite et les relations des parties, les sciences exactes reconnaissent un principe d'unité au sein de la solidarité universelle et supposent un invisible lien dans la multiplicité diffuse, puisque sans cette unité il n’y aurait ni tout, ni parties, ni relation, ni connaissance possible. Le tout, par cela seul qu’il est considéré comme un tout, est plus que la somme de ses éléments; car il ne paraît ce qu’il paraît que ramené à l’unité d’un système. La partie, par cela seul qu'elle est une partie, est plus qu'elle seule, car elle exprime son rapport avec tout le reste. Qu'on réfléchisse au développement des sciences exactes et à l’étagement de leurs constructions abstraites, on découvrira qu'elles insinuent dans leurs synthèses successives un caractère croissant d’idéalité subjective.

S'il est vrai d'autre part, comme l’ont reconnu les sciences de la nature, qu’à leur point de vue toute unité réelle est synthétique et symbolique, il y a donc, même dans l'élément le plus subtil que l’analyse expérimentale puisse atteindre, l'affirmation implicite d’un dedans, d'un centre interne de projection auquel se rapporte une multiplicité virtuelle. Et dans toute la hiérarchie des combinaisons et des formes organiques, l'unité systématique se marque de plus en plus, comme le signe d’un principe immanent de perception et d'organisation.

Ainsi de part et d'autre, dans le champ des constructions mathématiques comme parmi les productions vivantes de la nature, le phénomène est d’autant mieux perçu et plus intelligible, il semble d'autant plus objectif que manifestant une organisation intrinsèque plus complexe il révèle une subjectivité croissante. Ce qui est, pour nous, le principe de la connaissance

que nous en avons, c’est ce qui semble, en lui, le principe de sa réalité synthétique et de ses perceptions internes. En un sens il est connu de la même manière qu'il est; il semble être en nous dans la mesure où il est en lui-même. Abstraction faite de toute préoccupation ontologique, le phénomène n’est donc ni plus ni moins du percevant que du perçu; et à ce point de vue la vieille formule de Parménide est exactement vraie, la connaissance est identique à son objet.

— Mais ce n’est là qu’une façon encore extérieure de définir la présence d’un élément subjectif au cœur de toute donnée positive. Pour réussir, dans la continuité du phénomène universel, à déterminer la relation des faits externes et des faits internes dont le double processus irréductible et solidaire a toujours semblé une énigme, il faut pénétrer plus avant. C’est en analysant la constitution et la formation même du phénomène, tel que les sciences l’ont recueilli et exploité, que se découvriront les sources inconscientes de la vie consciente.

Car il est apparu que les sciences ne se constituent et ne se soudent, que leurs principes, leurs méthodes et leurs résultats n’ont de cohérence et d'efficacité, que les phénomènes dont elles font la matière de leurs études n’ont de consistance et de réalité qu'autant qu’une action médiatrice intervient à l’origine, au cours, au terme de leur développement. Il ne suffit donc pas, dans le détail de chaque vérité scientifique, de démêler l'élément subjectif qui s’y dissimule; il faut, dans l’ensemble des connaissances positives et dans le système total des phénomènes, saisir en acte le progrès même de la vie subjective. Ainsi, après que du fait extérieur et de l'objet des sciences l’on est passé à la notion d’un intérieur ou d’un dedans, on va maintenant de la notion du subjectif pénétrer dans la conscience même du sujet, « vineulo perceplionis ad vinculum percipientis.

Sans rompre avec les sciences positives, on verra donc surgir d'elles ce qu’elles semblent portées à nier ou à exclure, le fait psychologique. — Par une sorte d'évolution interne, la conscience émerge de l’univers ambiant où elle puise sa nourriture; — mais elle s’en distingue et s’en affranchit; et pourquoi? —.parce que s’il est vrai qu'elle résume en soi tout le reste, ce n’est pas comme un produit, c’est comme une synthèse originale qui donne plus qu’elle n’emprunte à ses conditions : triple relation qu’il importe de préciser, en esquissant l’embryogénie mentale.

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