‹ L'actionChapitre 47 sur 273 · L'EMBRYOGÉNIE MENTALE · texte numérisé non relu

L'EMBRYOGÉNIE MENTALE

Considérer le phénomène comme une donnée première d’où il resterait à tirer la notion d’un élément subjectif, ce serait renverser les relations les plus certaines. Vraiment le phénomène n'est ce qu'il est, qu’en fonction d’une activité qui contribue à l’engendrer; on ne le perçoit que selon l’ordre même de sa production; et l’action constituante du sujet y est essentielle.

Si en effet le phénomène n’est conçu qu’en relation avec le déterminisme universel, si toute connaissance scientifique s’attache à une synthèse distincte de ses conditions élémentaires, si la cohésion nécessaire des sciences implique une médiation

qu'elles n’expliquent pas, qu'est-ce à dire? c’est-à-dire que, mème

apres qu'on a considéré le moindre fait comme l’expression et le produit de tous les autres, il reste toujours un surcroit irréductible, une sorte de virtualité et une puissance, infinitésimale il est vrai, mais grâce à laquelle la synthèse opérée enveloppe et dépasse tout ce dont elle se forme.

Il n’est donc pas un phénomène qui, pour subsister conne tel, n'unplique un infini, transcendant au fait de l’univers entier. Et n'est-ce pas à condition de le supposer que le calcul a réussi dans la pratique même”?Tout objet connu de science est une unité synthétique; or chaque objet est lié au système total; si donc la synthèse est quelque chose de plus que la multitude immense de ses conditions, il faut bien qu'il y ait en elle de quoi contenir et dominer cette immensité même : reliquat qui sans doute est si peu que rien et dont les sciences ne tiennent compte que pour l’éliminer ; mais c’est ce rien qui, à un point de vue intérieur, est tout, puisque c’est le principe invisible de la synthèse, l'âme de toute connaissance positive et de toute opération efficace.

La plus simple chiquenaude pose et résout en fait un problème dont nulle abstraction ne rendra jamais compte. Cest ainsi que sont tranchées -les antinomies dont l'analyse des démarches de la science a révélé la présence : il y a dans tout fait positif une complexité. qui défie toute numération; et en même temps la production effective de quelque phénomène que ce soit exige que cette innombrable multiplicité soit comprise et dominée en effet. D'une part l'imagination est vaincue par l’infinie richesse des phénomènes universellement enchainés; d'autre part, cet infini du

phénomène total est vaincu par le moindre acte qui s’y insère, par le moindre de ses aspects particuliers. Il y a, si l’on peut dire, un infini apparent qui est la projection et l’expression de l'infini intérieur à toute opération de la nature ou de la pensée. C’est ce qui paraît immense, au dehors, qui est vraiment borné; c’est dans ce qui semble fini et particulier comme un être ou comme un fait singulier, que réside, au dedans, un infini.

Et ce dedans, d’où procède tout le positif, a ainsi pour caractère d'échapper à la connaissance positive au moment où elle la rend possible en lui fournissant une matière. Voilà pourquoi le calcul infinitésimal n’a son succès qu’à la condition d'employer d’abord la médiation de cet infini sans lequel il ne rejoindrait pas la réalité opérante et n’aurait point d'efficacité; mais s’il le suppose c’est pour l’éliminer aussitôt, parce que le subjectif n’a point de place dans l’ordre positif. Ou plutôt la place précise de ce transcendant, c’est ce lieu ambigu qui semble être encore et qui n’est plus de la science, l'intervalle entre la plus petite grandeur assignable et le zéro qui en est la limite inaccessible.

Il n’y a donc dedans que là où se marque non plus lPassujettissement d’une partie au tout, mais là victoire d’un point sur l’univers entier. Le sujet n’est pas dans la série, mais il y est constamment représenté; il n’apparait pas dans le déterminisme total, mais il est, dans chaque détail, le 5rincipe de la variété et de l’action. Il faut l’y voir.

Déjà, dans la conception la plus abstraite, la plus mécanique et en quelque sorte la plus extérieure qu’on puisse avoir des choses, se manifeste en elles quelque chose d’un sujet. C’est une vérité mathématique et-expérimentale à la fois que tout est solidaire : continuité déductive, concert et liaison cosmique. Or dans la seule idée, dans le seul fait de la solidarité, apparaît une action générale et intestine du système organique. En effet, dès l’iñstant où la présence de l'univers s’exprime en un point, et où le point s’imprime en tout l’univers, il y a rupture d'équilibre dans l'homogène, et disproportion entre la passion et l’action propre de chaque partie du système général : c’est si l’on veut, pour user d’une comparaison, l’intermédiaire du coup reçu au coup rendu, et comme un réflexe mécanique. En ce sens, on peut, sans recours à aucune métaphysique, interpréter ce mot que Leibniz appliquait: aux monades de la matiere nue, « mentes momentaneæ »; car au sein du monde, tel que la connaissance scientifique des phénomènes

OV RN = R REP EE es AE nt on pr A pan lv cc cg es oil et ie tannins ir gi

a ELA 6 A fr OA om 2 hr

de

A gr ot 3 pen a mor

Page 1