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LES CARACTÈRES SCIENTIFIQUES DU CONSCIENT

mathématique ou sensible, constitue pourtant par son action précise la réalité particulière de chaque synthèse : vu du dedans, c'est donc ce qui est déterminant, efficace, actif, singulier, — le ressort du dynamisme mental. C'est ainsi que la véritable science de la conscience ne saurait être qu’une science de l’action.

Il faut en effet se garder de représenter le phénomène de conscience en fonction des phénomènes objectifs, et de ramener l’action au fait. Ce serait faire comme le meunier qui, pour connaitre mieux son moulin et la force qui le meut, examinerait en aval le cours de la rivière. En cette étude le danger est toujours, si l’on peut dire, d’objectiver le subjectif, et d'imaginer que le conscient est composé d'éléments abstraits et de données générales semblables aux notions universelles et nécessaires dont se nourrissent les sciences positives. Car au regard de la conscience et en euxuomes les faits intérieurs sont toujours singuliers; ils ne résultent pas d’une somme, ils ne sont pas une possibilité permanente ni un simple extrait des représentations qui peuplent la scène de la conscience; ils né sont même pas le résultat ou l'expression d’une synthèse; car ils sont ce qui forme cette synthèse vivante d'éléments vivants eux-mêmes. Rien donc dans la vie proprement subjective qui ne soit comme une initiative individuelle et comme un cas unique, 4zx5 Aeyouevoy; rien qui ne soit un acte.

Voici done que nous commençons à entrer dans la vérité intime de l’action, et à la distinguer radicalement de ce qui est phénomène représenté, produit détaché de sa cause, fait perçu et subi. En ce sens, le moindre acle a une réalité, une importance, une dignité, si l’on peut dire, infiniment supérieure au fait de l'univers entier. C'est ce qui explique chez l'adolescent, chez le savant où le philosophe la première ivresse ou l'orgueil obstiné de la pensée : qui commence à se nourrir de sa réflexion s’imagine découvrir ce qui n'était pas connu auparavant; un nouveau soleil a lui. C'est ce qui cause en tous l'illusion formidable de l'égoïsme : la plus fugitive clarté intérieure à plus de prix et de charme que tout le rayonnement du dehors; le moindre sentiment personnel qui nous révèle à nous-mêmes comme par une caresse intime à plus de douceur et de force que tout ce qui nous vient du monde.

Ce qui est proprement subjectif, c’est donc non pas seulement ee qui est conscient et connu du dedans (tout phénomène, à le bien prendre, en est là); c’est ce qui fait être le fait de conscience ;

c'est l'acte interne et toujours singulier de la pensée. Une science du subjectif sera forcément une dynamique mentale.

Mais comment faire une science de ce qui est ainsi singulier et indéterminable, de ce qui échappe à toute mesure et à toute représentation, de ce qui est en voie de devenir? comment déterminer ce qui n’a ni quantité ni qualité, puisqu'on ne peut en analyser les éléments ni même en considérer l’ensemble complexe comme une unité définie, car le caractère de chacun se fait et se modifie avec chaque état successif?

Cet embarras naît peut-être d’une confusion et d’un abus de l’analogie. Prévenu et pénétré par l’idée qu'il se fait habituellement des méthodes de la science positive comme du seul type d’une méthod: vraiment scientifique, le psychologue est désireux d'appliquer leurs procédés à la science subjective, sans remarquer qu'elle n’est une science distincte qu'autant qu'elle a une méthode

| distincte. En s’essayant à ce qu’il nomme des analyses psycholo-

giques, en discutant sur la possibilité et l'emploi de la synthèse ou de l’expérimentation mentale, il pervertit le sens des mots et ne réussit qu'à ébaucher une pseudo-science, parce que, dans l'usage même de sa « méthode subjective », il considère le subjectif comme fait et non comme acte; il le défigure sous prétexte de étudier. Car on n’en pénètre la vivante réalité qu’en se plaçant non pas au point de vue statique de l’entendement, mais au point de vue dynamique de la volonté. Il ne faut pas tenter d'imaginer JPaction, puisqu'elle est cela même qui crée les symboles et le monde de l’imagination.

La véritable science du sujet c’est celle qui, considérant dès le point du départ l’acte de conscience comme un acte, en découvre par un progrès continu l'inévitable expansion. Elle cherche l’équation de l’action, c’est-à-dire que se proposant d'en développer tout le contenu, son dessein est de déterminer quel en est le terme nécessaire d’après la force même du mouvement initial d’où procède l'acte et qui se marque à chaque effort de son développement. C’est donc dans l'œuvre mème de la volonté que devront se révéler la loi et la fin du vouloir. Car même là où l'homme semble soumis à des nécessités antécédentes ou subséquentes, ces conditions ne sont encore que des moyens subordonnés à son vœu secret.

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