LE DYNAMISME DE LA CONSCIENCE
dans le plein du monde, sous l’oppression des énergies physiques et parmi les rouages de l’engrenage universel, les mouvements ne suivent pas les impulsions du désir? Que l’image ou la tendance dérive du déterminisme ignoré qui précède ou prépare l'éveil de la conscience, c’est possible, c’est vrai; mais l’image ou l'idée trouve, en ce qui la suscite et en ce qu’elle est, la puissance de produire un mouvement propre. Il y a donc une spontanéité motrice qui dépend de la spontanéité subjective : le déterminisme psychologique absorbe le déterminisme physique, et sans le supprimer, s’y substitue ou s’y superpose en l’employant. C'est donc dans la conscience seule qu’il faut maintenant chercher le principe interne, le principe déterminant de l’action.
Ce qui entre dans le champ éclairé de la conscience ne peut que le traverser, et retourne nécessairement opérer.au delà; mais en passant ainsi dans l'intimité du sujet et en s’x réfléchissant, l'acte, issu de la nature, se transforme, et devenant maitre de ses propres conditions originelles qu'il reprend en quelque sorte à son compte, il crée l'intention volontaire qui animera toute lhistoire ultérieure de son expansion. C’est donc toucher ici au point central du développement naturel de laction: car, d’une part, on montre qu’à celle détermination volontaire de l’acte se rattachent lous ses antécédents « préconscients »; d'autre part, on indique comment cette libre décision prend inévitablement corps en une suite d’actes « postconscients » qui y demeurent impliqués et suspendus. Auparavant, on avait vu la conscience, supérieure au déterminisme scientifique; ici, on va voir, du délerminisme interne, surgir une initiative nouvelle qui d’ailleurs ne gardera sa liberté relative qu’en cessant de restreindre le mouvement volontaire à l'intention purement formelle, et qu’en cherchant au delà de la claire conscience un terme de déploiement. — Ainsi, pour étudier l’intégralion consciente de l'action, je décris le dynamisme automatique de la vie interne. J'y montre Papparition nécessaire de la liberté, au sein du déterminisme psychologique. J'établis que cette liberté ne se conserve qu’en sortant d’elle-mème pour se soumettre à une hétéronomie, pour conquérir à la volonté ce qui lui échappe et pour se jeter dans lPaction opérante. Bref, le subjectif ne se maintiendra intact, complet et sincère qu’en « s’objectivant ».
Le dessein du chapitre suivant est de montrer comment la conscience du déterminisme psychologique aboutit naturellement à supprimer l’aulomatisme et à suspendre la fatalité de l'action. — Etudiant d'abord le mécanisme de la spontanéité subjective en ce qu’il a de nécessaire, je cherche ensuite de quelle façon ce développement fatal de l’activité intérieure peut produire l’idée même du délerminisme; et j'indique enfin comment l’existenec et la connaissance du déterminisme interne supposent que la vie subjective en est radicalement affranchie. Ainsi ce délerminisme même est subordonné à une plus intime liberté.
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