CHAPITRE
Le désir ou l’image a paru. Nul besoin, nul moyen de savoir d’où ni comment l’aiguillon de l'instinct ou la clarté de l’idée s’est révélée. Impénétrable demeure la naissance de ce du’il y a de plus admirable et de moins admiré, la lumière intérieure. Comme ces plantes qui recueillent durant dix années les parfums et les sucs précieux dont elles nourrissent l’unique fleur qui les épuise en un jour, un obscur travail draine toutes les forces de la vie pour alimenter la source de la conscience : nulle eau ne vient la grossir si elle n’a suivi-ces routes souterraines où la connaissance distincte ne pénètre pas. Et quand elle jaillit, c’est avec une vigueur ct une pureté toutes vierges, comme si elle ne devait rien qu’à elle seule. Quelle en est la vertu? Où se distribue-t-elle °?
Rien n’agit sur nous ou par nous, qui ne soit vraiment subjectif, qui n’ait été digéré, vivifié, organisé en nous-même. Ce n’est pas une représentation abstraite qui suffit à mouvoir l’automatisme psychologique. La conscience est un monde fermé; elle ne s'ouvre que grâce à l'intermédiaire des influences inconscientes de la vie. C’est pour cela que les suggestions ont besoin d’être comprises afin d'être suivies, et que les mêmes enseignements ne poussent pas de même partout où ils tombent. Car toute pensée est autochtone; et il n’y a de vérités vraies pour nous que les vérités indigènes.
Nos désirs sont et valent ce que nous sommes et ce que nous les faisons; l’idée traverse le sentiment, sinon elle reste lettre morte.
La lumière intellectuelle porte ainsi en elle et exploite la force vitale : le motif n’est en effet que 1e retentissement et la synthèse de mille activités sourdes; voilà la raison de son efficacité naturelle. Il n'apparait pas soudain, pour ainsi parler, en Pair et comme par une généralion spontanée; c'est le député d'une foule de tendances élémentaires qui Fappuient et le poussent; il résulte de causes plus lointaines et plus générales; il est la conclusion de tout un système antérieur, et sert d'intermédiaire entre les dispositions habituelles et les circonstances particulières qui en sont l'occasion. Au moment de sa naissance, il a une fleur de nouveauté, une fraicheur et une grâce magique, parce que, secrètement inspiré et comme pénétré par les fécondes énergies dont il esi un premier achèvement et un vivant commentaire, il est tout acte. Son charme efficace lui vient donc de ce qu’il exprime et représente cela même qu'il meut; et la puissance par laquelle il surgit à la conscience est précisément celle aussi par laquelle :l est capable d'agir sur les forces inconscientes dont il émerge. Cette magic naturelle qui chez l’animal donne à l'instinct, qui chez le somnambule Gonne à l’image sa fascination souveraine, c’est celle également qui vivifie l’idée la plus abstraite par un sentiment sans lequel elle resterait inerte, — Un motif n’est pas un motif sans un mobile.
— Mais un mobile, non plus,n’est pas un mobile sans un motif. Qu'est-ce à dire? c'est que pour devenir un principe efficace d'action, les énergies diffuses ont besoin d’être recueillies en une synthèse mentale et représentées sous la forme unique d’une fin à réaliser ; elles se confirment et s’avivent par l'effort même qui les exprime, comme l'attention se fortifie en tendant les organes. Sans doute, par elles-mêmes, les excitations des sens exaltent la puissance de qui les subit, et accroissent l'intensité de sa force nerveuse; mais cette influence dynamogénique ne s'exerce qu’en prenant corps dans une représentation définie et même dans un mouvement déterminé, en sorte que la cause finale devient cause motrice et que les idées et les signes sont les conditions indispensables des dispositions qu’ils manifestent.
C'est ainsi que l'étude des combinaisons et des compensations mentales dans l’automatisme hypnotique montre que toute sensation (telle qu'une impression tactile), détruite en apparence par