POUSSÉE DES MOTIFS ET DES MORILES
l’anesthésie suggérée, cherche à s'exprimer dans un système d'images et d'idées analogues (telles que des représentations visuelles), et tend, par transposition, à ébranier un autre appareil sensoriel sous l’éempire d'une hallucination, à la fois correspondante et étrangère à l'excitation primilive. La diffusion des réflexes n'aboutit donc à l’action qu'à la condition d'être traduite en uue syntlièse idéale.
Cette transformation nécessaire, dont certains cas exceptionnels permettent d'analyser le mécanisme, s'accomplit toujours aussi dans le jeu normal des fonctions psychologiques. Les forces obscures de la vie sensible n’ont toute leur efficacité que du moment où surgit, comme pour les éclairer et leur fixer un but, une représentation qui parait s’abstraire et se détacher d'elles : ainsi la finalité n’est d’abord que l’expression subjective de nécessités antécédentes. Mais du moment que les impulsions confuses et incohcrentes du désir ont pris forme dans l'image instinetive ou dans la conception claire d’un acte, elles doivent à l'unité systématique de la représentation interne une fermeté, une précision, une efficacité toutes nouvelles. Dans la conscience, toujours, à tout instant, il se produit des états liés entre eux et réunis en systèmes organiques; et ce qui en opère la synthèse est ce qui confère au système une puissance originale. L'analyse introspective contirme donc ce que, au point de vue des sciences positives, l'on a démontré vr:i de chaque synthèse, irréductible à ses éléments ct maitresse de ses propres conditions. — Les mobiles ne valent que par le motif qu’ils préparent et se proposent.
— Mais le motif lui-même n’est plus un motif, s’il ne devient à son tour un mobile. Qu'est-ce encore à dire”? c’est que dès l’instant où les causes profondes de l'émotion motrice se sont fourni à elles-mêmes le but de leur tendance, elles cessent de se confondre avec le courant total de la vie, pour constituer une fin distincte. Elles étaient nous-mêmes; elles deviennent simplement nôtres; et le motif resterait comme le terme abstrait et idéal, comme la seule production objective de leur action, s'il ne renfermait rien de plus que le résumé complet du déterminisme subalterne qui l’a porté à la lumiere de la conscience.
Il faut donc que ce motif, pour être efficace, pour exister, pour opérer la concentration des énergies diffuses et les lancer à l'attaque, apporte quelque perspective nouvelle et la promesse d’un inconnu à conquérir. Quand nous agissons sans savoir entièrement pour-
quoi (et iken est toujours ainsi), quand les raisons que nous nous donnons à nous-mêmes ne sont ni les seules ni les plus vraies, c'est que sans doute dans cette explication approximative de notre conduite subsiste toujours, à côté des idées claires, un sentiment indistinet où se résument les inclinations naturelles, les habitudes héréditaires, les désirs lentement construits, tout l'organisme et tout l'univers; mais c’est surtout parce que le motif connu, dominant toutes les énergies antécédentes, les exploite pour des fins ultérieures qui dépassent toujours l’expérience et même la prévision. Bien plus, le motif actuel de notre acte n’est jamais le même qu à l’origine du choix qui penchait vers lui. Point de mandat impératif : le député n’est pas un simple porteparole; s’il a la puissance des membres, il a l'initiative et la direction du chef, il a l'élan de l’improvisateur; car au moment décisif c’est toujours un imprévu qui nous emporte. Ainsi, issue de la force, la lumière intérieure est une origine de force; l’image qui résulte de mouvements est cause de mouvements, et la pensée sans cesse fécondée par la nature la féconde à son tour, comme un organisme qui digère et vivifie tout ce qu’il prend. Parti d’une origine impénétrable, l'acte conçu traverse donc le
champ éclairé de la conscience, pour tendre à un but encore
impénétrable. On ne vit, dit-on, que d'espérance; on ne travaille qu'en vue du mieux. Nous appartenons, que nous en ayons ou non la claire intelligence, à un monde supérieur aux phénomènes sensibles et à la science des faits; rien de ce quiest extérieur ne nous détermine, et dans ce que nous désirons hors de nous, c’est encore nous que nous cherchons. Si l’idée n’est rien sans le sen-
timent, le réel non plus n’a aucune prise sur nous sans l'idéal; :
et nous n’agissons pas si nous netirons de nous-mêmes le principe de notre action, si ce principe ne dépasse pas les expériénces passées, si nous n’y pressentons pas quelque chose d’autre, si nous n’en faisons pas comme une réalité transcendante. On ne s'intéresse à ses propres actes que s'ils sont mêlés d’idéologie passionnée. L'idée claire est inerte; tout ce qui est démontré et fixé comme une certitude mathématique n’appelle point le dévouement actif. On ne meurt, comme on ne vit, que pour une croyance, — quand dans ce qu’on sait on attend plus qu’on ne sait, quand on s’y est mis soi-même comme enjeu, quand on aime ce mystérieux connu et pour ce qu’il contient et pour ce qu’il promet.
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