LA LIBRE ADOPTION DU DÉTERMINISME ANTECEDENT
stitue réellement à tout le mécanisme de la vie inconsciente . la lumière ne l'en éclaire pas moins, sans qu'il cherche d'où elle vient; et d’ailleurs ce n’est jamais en regardant d’où elle vient qu'il découvre la raison décisive de sa résolution, puisqu'il n’a Janais conscience d'agir, sans avoir transformé la nécessité immancnte en finalité transcendante. Il domine tout ce qui précède, sans avoir besoin de le connaitre distinctement, parce qu'il lui suffit de connaitre où il tend. Car dans ce qu’il sait, il comprend et dépasse ce qu'il ignore ainsi; dans cé qu'il veut, il ratifie ce qu'il n'avait pu vouloir encore.
Voilà pourquoi la réflexion analytique du psychologue, en regardant en arrière aux conditions de l’acte, est exposée à déna- Lurer ce qu'elle prétend étudier. La véritable connaissance, c'est celte réflexion qui porte en avant le regard intérieur vers les lins qui sollicitent la volonté parce que là seulement est la suftisante raison des déterminations. libres. Quiconque est né pour l'action regarde devant soi; ou s’il cherche d’où il vient, c’est sçulement pour mieux savoir où 1l va, sans jamais s'enfermer dans le tombeau d’un passé mort. En avant, et en-haut. L'action n'est action que par là. 11 est de science que la cause finale est plus que la cause efficiente; et c’est pour le montrer qu'il était nécessaire de définir le rapport qui les unit.
[Il se trouve ainsi que le sentiment populaire est d'accord avec les conclusions de la science subjective. La notion scientifique de la liberté demeure toute proche de la conscience naïve et de l'expérience pratique. L'action volontaire apparait comme une création dans la création; c’est un infini ramassé en un point, et triompbant de l'oppression universelle et soulevant le monde, parce qu’il y a dans le sujet une puissance au prix de laquelle le poids de tout l'objet qu'exprimait la connaissance ne compte plus. Pour mouvoir de moi-même le petit doigt, il faut que j'’ébranle ce plein du système des phénomènes. Oui, dans l'instant où j'en subis l'impression il faut que je sois plus fort que tout ce qui m'est connu : je marche sous le faix de l'infini.
Concevoir l'unité de l'univers, affirmer que.cet univers n'est pas un système clos, n’est-ce pas admettre en effet que l'esprit est, par rapport au monde, comme un infini capable de dominer toutes les forces naturelles? Ne sent-on pas, n’a-t-0n pas remarqué cent fois que nous sommes plus forts que tout, non toujours par la vigueur de l'animal humain, mais par la direction de la volonté,
par l'énergie intime et l’action centrale de l'esprit? L'affranchissement par la science sera toujours incomplet; la libération par l'initiative morale, par la patience, par la mort même, héroïquement affrontée ou acceptée, demeure toujours possible. La connaissance scientifique ne nous délie jamais; c'est au contraire de la connaissance scientifique que nous sommes libérés, par ce simple sentiment.
Sans doute à côté de la puissance mystérieuse qu’il expérimente en soi, l’homme se sent assailli et souvent vaincu par d’obscures tyrannies; et c’est la grande énigme de sa nature que ce mélange extrême de force et d’infirmité. Mais s’il est parfois comme un jouet entre des mains inconnues, toujours est-il que rien du côté des sciences positives, rien dans le déterminisme des phénomènes ne menace sa souveraineté. Et s’il est vrai que son effort échoue souvent contre de misérables écueils, ce n’est jamais pour des causes que la science puisse définir ni au nom des lois générales de la nature ou de la pensée. Il était donc essentiel, dans la confusion où nous jette la vague conscience de notre force et de notre sujétion, de déméler cette première liberté, et de la défendre contre les objections incompétentes sous lesquelles, à la faveur de l’enchevêtrement de nos liens réels, la science positive a souvent prétendu l’accabler; il subsiste en effet assez d'obstacles à l'exercice de cette liberté, comme on le verra en étudiant l'expansion naturelle de l’action volontaire.
Qu'on tienne donc fermement ces conclusions liées. La liberté est postulée par la science. Elle apparait à la conscience par le jeu même du déterminisme. [l n’y a conscience du déterminisme que par la liberté. La liberté adopte toutes ses conditions antécédentes. Mais elle n’y trouve pas sa raison d’être. C’est dans une fin transcendante à la nalure ou à la science qu’il devient nécessaire de voir la raison véritable de l’action.
Nécessairement produite à la conscience, la liberté s'exerce nécessairement. Comprend-on l'étendue de ce déterminisme nouveau qui embrasse non plus seulement tout le passé, mais vaut pour tout l'avenir? Dès qu'avec la réflexion a lui cette raison libé-
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