LA DÉTERMINATION DE LA LIBERTÉ ET LA PRODUCTION DE L'ACTION
Pour avoir conscience du déterminisme, il a paru qu'il faut être libre; car le sentiment de tout état défini suppose et constitue un état supérieur. Pour avoir conscience de la liberté, ne faut-il pas retomber sous une nécessité nouvelle? est-ce que la connaissance qu'on en acquiert ne va pas neutraliser cette liberté même”? ne va-t-elle pas être exposée au péril de l'arbitraire, au vertige de l’immobilité indifférente ou à la tyrannie d’un nouveau déterminisme? Elle parait appelée à être le tout de l’action; et pourtant par elle-même elle semble n'être rien encore. Est-il donc possible qu’elle s’exerce”? Si elle le peut, inaugurera-t-elle en l’homme une autre forme de nécessité; et du moment où, comme une puissance supérieure à toute autre, elle émerge de ses obscures conditions, ne sera-t-elle pas en effet toujours la plus forte, nécessairement souveraine et déterminante? — Non. Fatalement produite, elle ne se conserve que librement. Il faut le montrer.
Voici donc l’état de la difficulté. D'une part, nous avons conscience d’un pouvoir intérieur qui seul donne à nos décisions, quelles qu’elles soient, leur véritable raison. D'autre part, ce pou-
voir n’est pas défini, et semble n'être qu’une indifférence absolue,