COMMENT LA LIBERTÉ EST RAISON DÉTERMINANTE
devient ainsi forcément expressif d’une initiative autre que l’impulsion du motif triomphant.
Or, dans cette synthèse que constitue la volonté avec le motif auquel elle se marie, est-ce le motif qui est la véritable raison du choix? S'il l’est, c’est qu'on cède et qu’en voulant on veut ce que, laissée à son initiative et délivrée de toute tentation, la sincérité du vouloir ne voudrait pas. La liberté libre c’est donc celle qui veut vouloir, celle qui, supprimant d’abord l'efficacité naturelle des tendances spontanées, ne consent à subir l'attrait de l’une d'elles que dans la mesure où elle y place la raison de sa résolution. Il suffit, pour l'instant, de remarquer que cette distinction, dont les termes peuvent paraître subtils, la conscience la fait avec une grande simplicité et une grande force : tous nous savons clairement la différence qu'il y a entre la concession voulue et l'initiative volontaire, entre ce qui semble nous entrainer et ce que nous semblons produire. Cette apparence est assez nette pour qu'entre nos décisions, les unes soient à nos yeux le résultat consenti d’un mouvement de la passion, les autres, l’exacte et sincère manifestation de ce que nous appelons notre vouloir.
Et c'en est assez déjà, pour qu'évitant l’écueil de l’indétermination et de l'indifférence nous ayons maintenant, dans cette passe difficile, à fuir un écueil opposé, ce qu’on pourrait appeler le déterminisme de la liberté ou la forme moderne du paradoxe socratique. Car si nous savons ce que nous voulons quand nous voulons vraiment; si nous avons conscience que là seulement se trouve la raison efficace de notre décision, et si cette conviction dominant toutes les suggestions de l’automatisme psychologique est plus forte qu'aucune autre tendance, pourquoi cette volonté vraie n'est-elle pas toujours, en fait, la seule victorieuse, comme elle l’est en puissance? Comment en vient-on à vouloir et à faire ce qu’au fond on ne veut pas, à se contredire et à s’asservir librement? Il importe d’être attentif à ce point décisif.
IT. — De même que tout autre motif en se manifestant à la réflexion revêt un caractère objectif qui le dépouille de son énergie immédiate parce que rien n’agit sur nous qui ne soit subjectif, de même pour la liberté, elle ne subsiste qu’en se connaissant, et en se connaissant elle annihile son efficacité nécessaire. Elle se pose devant elle comme objet, comme but, comme fin particulière,