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LA CONSCIENCE NÉCESSAIRE DE L'OBLIGATION

produite, elle ne reste elle-même qu’en se reproduisant. Nul donc n’est forcé de demeurer libre. Même ceux qui abusent de la liberté veulent ce qu'ils en ont recu : l’abus emporte l'usage.

Aussi la liberté n’est pas distincte de l’usage qu'on en fait : si elle abdique et s’asservit, elle estimmanente à sa propredéchéance; si elle s’affranchit et se développe, elle est immanente à sa propre transcendance. De toutes façons, Ja volonté réfléchie est toujours double, parce qu’elle est à la fois un principe d'action et une fin à atteindre. Tout l’art de la vie, tout l'effort de la sincérité, ce sera d'amener une conformité aussi parfaite que possible entre la volonté initiale et la volonté positive. Après les conditions antécédentes de la liberté nécessaire, ce sont donc les conditions vivifiantes de la liberté libre qu'il faut étudier; car telle qu’elle est posée, elle n’est pas imposée à elle-même, elle est exposée au danger de se perdre.

Mais comme il est aisé de pressentir les difficultés pratiques de cette tâche! Car les tendances dont la fascination nous dérobe à notre propre vouloir, ont en elles la puissance de la spontanéité subjective ; tandis qu’en se proposant à elle-même comme un idéal à réaliser, la liberté ne semble être qu’un objet inerte et comme une abstraite fiction. Désormais, l'énoncé du problème est tout clair : que veut-on, quand on veut vraiment tout ce qu’on veut? et comment découvrir ‘une fin adéquate à l'intégrité du mouvement primitif? Comment, malgré la partialité à laquelle elle semble condamnée, la volonté conserve-t-elle sa totale sincérité?

Il faut donc égaler le vouloir. Qu'est-ce à dire? C’est dire qu’il faut restituer à cet apparent néant de la liberté objective linfinitude de cette puissance intérieure dont la réflexion nous a donné la claire conscience. C’est dire qu'il faut transporter la vie du sujet dans l’objet qu'il se propose comme fin. C'est dire que ce que nous nous connaissons de force et de liberté n’est qu’un moyen pour atteindre à la plénitude de ce que nous en voulons. C'est dire enfin que n'étant pas encore ce que nous voulons, nous sommes dans un rapport de dépendance à l’égard de notre fin véritable. Bref, ce que nous voulons réellement, c’est non pas ce qui est en nous, déjà réalisé, mais ce qui nous dépasse et nous

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