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LES CONSÉQUENCES NÉCESSAIRES DE L'OBLIGATION CONQUE

développement révèle peu à peu à la volonté la série des moyens qu'elle-même s'impose; nécessité qui seule a une souveraine importance pour l’homme, puisqu'elle lui découvre-ce qu'il ne peut éviter d’être tôt ou tard, et puisque, par une logique inexorable, elle tire de ses actions voulues tout ce qu’elles contiennent déjà.

Ainsi donc il est impossible que l'intention ne se particularise pas; impossible que la décision exprime la volonté totale et lui assure d'emblée une pleine autonomie; impossible encore que cette partialité de la résolution ne cherche pas dans une action effective la confirmation précise et le progrès auquel elle aspire. Loin donc de croire que l'intention est isolée de ses conditions, et de la considérer comme un empire dans un empire, il faut comprendre comment elle contribue à constituer le milieu où elle a à se diriger; il faut déterminer ce qui sert à la déterminer ellemême. Du fait seul que l’homme veut délibérement, il va résulter toute une suite d’actes et de relations nécessaires qui formeront peu à peu le cadre même de sa vie et le théâtre naturel de sa moralité : ainsi, dans la morale, avant qu'on puisse donner aucun contenu à l'intention, sera réintégrée toute la nature.

Dès lors la perspective semble renversée; et le mouvement qui jusqu'ici avait paru centripète devient en quelque sorte centrifuge. Après avoir absorbé et dominé tout l’objet de sa connaissance et tout le dynamisme de la nature, le sujet'se trouve obligé de sortir de lui-même et de se soumettre à une loi de détachement, justement pour ne point s’enchainer à une forme imparfaite de son propre développement. C'est, semble-t-il, hors de nous maintenant qu’il nous faut chercher le perfectionnement de la vie intérieure. Nous voici appelés à vivre et à opérer dans une région supérieure à la conscience distincte; nous entrons dans un domaine encore mystérieux, celui où la volonté va s'unir à son objet. Elle y poursuit son achèvement; elle attend, comme par une expérimentation provoquée a priori, la clarté dont elle a besoin et la réponse dont elle espère son repos. Apparentes contradictions : elle ne tend qu’à égaler son intime élan, et il semble qu’elle quête et mendie au dehors la satisfaction qu'elle ne peut goûter qu’en elle-même; elle prétend s'affranchir de tous les obstacles qui entravent son expansion, et elle va se commettre dans le déterminisme des puissances extérieures. C’est cette nécessité de l’action qu'il faut expliquer et

justifier : sous cette apparente fatalité se cache instinctivement Pambition d’une volonté avide de s’étendre.

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(est un fait que toute image et toute idée, exprimant un système de forces, tend à passer à l’acte; et c’est l’acte en effet qui est la marque populaire des convictions sincères et des sentiments éprouvés. Mais, dira-t-on, Cest-ce que l'effort par lequel nous concevons et nous affirmons la loi morale, à encore besoin d’être manifesté? N’est-il pas déjà un acte complet qui ne gagne en valeur que par l’énergie et la pureté du sentiment tout intérieur, comme une foi qui, mêine sans les œuvres, serait nécessaire et suffisante au salut? Ne sera-ce pas assez, quoi qui se passe d’ailleurs dans la machine humaine, d'élever et de diriger l'intention? Et comment, au reste, le prix moral des résolutions tiendrait-il à l’exécution matérielle de quelques mouvements”? Est-il même intelligible que la conception toute pure du devoir puisse être vraiment traduite par le corps d’une action”? Bref, le formalisme n'est-il pas le vrai? »

La vérité, au contraire, c’est que l’action elle-même est une partie intégrante de l'intention, qu’elle la vivitie et l’éclaire, et qu'elle achemine la volonté vers ses fins, en définissant peu à peu et en réalisant son idéal. Pour employer et dominer les motifs inférieurs, il faut se placer sur le terrain où ils sont; 1l faut les conquérir jusqu’en leur origine matérielle. On n’en triomphe point par une simple préférence ni par un décret idéal. Vouloir ce qu’on veut, c’est le faire par tout soi-même. L'exécution, au delà de l'intention qu’elle réalise, est une puissance ue et une fin nouvelle.

— Il ne faut pas oublier, en effet, que nous n’avons pris conscience de notre liberté qu’en agissant : il est donc nécessaire que nous agissions pour développer notre liberté et la mieux connaitre; car la volonté irréfléchie est de même nature que celle dont nous avons le plus nettement conscience, et, en nous éclairant sur ce qui la suit, la réflexion nous permet de Dr ce qui la précède. — [ne faut pas oublier que la liberté ne s’estrévélée, dans le conflit des motifs, qu’en revêtant la figure d’un des motifs particuliers et qu’en jouant au milieu d'eux un rôle efficace : il est donc nécessaire que pour maintenir son indépendance elle continue à agir;

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