DÉFINITION NÉCESSAIRE DE L'INTENTION PAR L'ACTION
sinon la bäâse où elle prend son appui viendra à lui manquer. — T1 ne faut pas oublier que cette liberté, tirée, par le progrès de l’action, du déterminisme de la nature, ne se conserve et ne s'achève que dans la mesure où elle s’objective en quelque façon et où elle met en elle tout ce qu'elle veut qui y soit : il est donc nécessaire qu’elle insinue par l’action, jusqu'aux sources dont elle-même procède, les eaux qui lui reviendront plus abondantes.
Ainsi née de l’action, entretenue par l’action, perfectionnée par l’action, la conscience de la liberté et de l’obligation morale tend à Paction, det Eveoyet. C’est toujours sous la forme d’un motif, c'est-à-dire d’une tendance à l’action que le devoir prend consistance et figure concrète. Bonum semper in actu. Ev + ësyw doxet eivar vo dyxov xat rà Év. S'imaginer qu’on réussit à déterminer le devoir par une déduction de la raison, c’est une illusion. Ce n’est point par une méthode déductive qu’on apporte un contenu à la loi formelle.
Voici done que l'obligation pratique, encore indéfinie, reçoit une première détermination. De même que la liberté, qui avait paru d’abord pure et arbitraire indifférence, avait pris forme dans la conception du devoir, de même à présent la conscience du devoir emporte déjà une nécessité définie et justifiée : « Nous devons pratiquer, il faut agir. »
Aussi serait-ce errer du tout au tout que de prétendre isoler la libre intention’ du déterminisme des actions. Car pas plus que la liberté n’est dé achée de ses antécédents nécessaires, pas plus elle n’est détachée de ses conséquents nécessaires. De ce déterminisme consécutif à la décision, on ne s’est ordinairement guère préoccupé; et pourtant c’est, comme le montrera la suite de cette étude, la grande affaire de l’homme, celle d’où dépend sa vie personnelle et sociale. Pour l'instant, l’essentiel c'était de comprendre comment la volonté n’est fidèle à son intention qu’en suscitant, à travers la vie spontanée dont elle émerge, des besoins, des motifs, des énergies de plus en plus cohérentes et conspirantes à son dessein quel qu’il soit. Elle ne le peut qu'en demandant à l’action le secret chemin par où naissent les pensées, les désirs et les habitudes. C'est par l’action, en effet, que l'intention morale s'insinue dans nos membres, fait battre notre cœur et coule sa vie propre dans nos veines; par l'action, qu’elle se déploie dans l’immense milieu où nous plongeons; par l’action, qu’elle revient à la conscience, plus pleine, claire, chargée de ses conquêtes; car l'engre-
nage du déterminisme rend ce qu’on lui donne, mais à travers quelles transformations et avec quels accroissements!
Il apparaît donc que ce qu’il y a de nécessaire dans l'obligation d'agir répond à la sincérité du vouloir primitif : cette nécessité même contribue à réaliser la plénitude de notre liberté. De quoi s'agit-il en effet? d'obtenir que ce que nous voulons procède spontanément de nous-mêmes et qu’il y ait accord aussi parfait que possible entre l’élan et le résultat de notre effort, égalité entre l'ampleur des aspirations volontaires et la grandeur des fins voulues. Or de ce que nous sommes à ce que nous voulons être, immense semble l'intervalle. Et quelle est donc cette distance de nous-mêmes à nous-mêmes? (Qu'est-ce qui empêche que notre propre volonté soit simple, pleine et achevée”? c’est la présence en nous de désirs hostiles, c’est la division intérieure de nos tendances les plus vitales, c'est la guerre intestine que le mouvement naturel de l’automatisme apporte en nous. Aussi faut-il peu à peu pénétrer tout ce mécanisme psychologique d’influences pacifiantes et libératrices, afin que les germes d'unité, déposés jusqu'aux sources de la vie inconsciente, croissent et fructifient, fournissant ainsi à la volonté réfléchie une image de plus en plus
fidèle de sa propre nature, une vie de plus en plus conforme à
sa propre aspiration.
Sans doute, l'intention sincère est déjà par elle-même un acte, et, en certains cas, il n’y a point, semble-t-il, d'opération matérielle qui puisse la traduire au dehors. Toutefois, il n’est pas douteux que tout acte de conscience s’exprime par une action, c’està-dire par un état particulier et une disposition systématique des organes; il n’est pas douteux que cet acte intime, s’il devient l’objet d’une attention décidée et d’une volonté expresse qui y consent et le redouble en quelque façon en y adhérant, ne détermine une tension organique qui entretient et renforce l'intention même. Nulle part donc on ne peut isoler ni la liberté ni l’obligation de leurs antécédents et de leurs conséquents; et ce n’est point par un lien inintelligible de nécessité qu’elles y sont attachées: c’est parce que la volonté trouve en cette relation étroite un moyen, l'unique moyen de poursuivre son développement libre. La synthèse nouvelle qu'il faut obtenir est nécessaire et transcendante à l'égard de ses propres éléments.
Ainsi l’action précède et suit la liberté morale, comme une condition doublement indispensable pour qu'elle naisse et qu’elle sur-