LA CROISSANCE ORGANIQUE DE LA VOLONTÉ
apparence les plus cruelles ne lui révéleront pas le sens primitif et la forme parfaite de sa volonté? Qui sait si cette expérimentation souvent coûteuse ne sera pas pour lui le vrai moyen d’atteindre ou de reconquérir l'entière cohésion du vouloir, de l'être et du faire? Est-ce qu’enfin l’action, par sa propre vertu, ne sera pas médiatrice et unitive, rédemptrice et perfective? — Et quand nous aurons jeté, dans l’abime ouvert du vouloir, toute la grandeur et toute la générosité des actes, des œuvres et des souffrances humaines, sera-t-il comblé”? Ce sera la question décisive.
Qu'il suffise donc à présent de se livrer au courant du déterminisme, puisqu'il porte l’action voulue à ses fins naturelles; qu'on s’y abandonne, comme s’il n’y avait ni liberté à exercer, ni “obligation à respecter, ni représailles à redouter. Ainsi se déve- | loppera la série des moyens nécessaires que suscite la volonté en quête d'elle-même et désireuse de se posséder pleinement. Le soleil luit pour les méchants comme pour les bons; je veux dire que la vie semble imposer à tous des obligations équivalentes. Il faut donc voir comment ces conditions communes s'organisent naturellement. Les relations morales ne restent pas en l’air : c’est à tracer le cadre où elles se constituent qu'il importe avant
tout de pourvoir.
L’intention a besoin de se réaliser par l’action, et l’action l’enrichit : c’est de cette accrue qu’il faut désormais étudier la nature et le progrès. En allant opérer dans l’inconscience, la hberté sans doute élève à elle ce qu’elle façonne; mais d’abord elle s’y livre. La vie subjective ne se répand dans l’objet que pour s'y compléter; elle donne et recoit. Nemo agit qui non agatur. Ainsi est ramenée à son sens scientifique la question de la valeur objective de nos idées. — A un premier point de vue, le phénomène de l’idée, synthèse mentale, est autre chose et quelque chose de plus que ce qu'il représente; le subjectif est plus réel que les faits positifs dont les sciences nous révèlent les lois générales, puisqu'il les implique et les déborde. — Mais, à un point de vue supérieur, l’acte de conscience, en prenant corps dans l’action, pénètre l'objet et lui insinue sa propre réalité pour former du tout une synthèse originale. Là est le principe de la solidité des connaissances pratiques. Nous ne savons bien que ce que nous avons fait. C'est que nous portons la lumière là où nous agissons : cette clarté, elle n’est ni en nous seuls, ni dans les choses seules; il faut
marcher pour qu’elle luise. La vie intérieure, qui naguère semblait absorber tout l'aliment de sa connaissance, se retrouve incomplète et morte si elle ne se dépense et ne se répand; dépassant l’univers des faits, elle est dépassée par un inconnu où seule Paction lui donne de pénétrer. Elle s’y engage invinciblement,;
et si un secret instinct l’y porte, c’est afin d'éclairer cet obsene NL des choses en s’éclairant elle-même. Qui facit veritatem vent \ \
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Le premier champ où se déploie l'intention, c’est l'organisme. Comment le G@erps apparait-il dans la conscience ? Comment cette résistance même rentret-elle dans le développement du vouloir? Comment la passivité, la passion et le travail organique dérivent-ils de causes subjectives ? Tel est le triple objet de l’étude qu’il faut entreprendre, en renouvelant l’analyse de l’effort musculaire pour en découvrir la véritable signification. Ainsi seront réintégrées dans la science de l’action, ainsi seront comprises dans la série des moyens subordonnés à la recherche de notre destinée toutes les formes actives ou passives de la vie corporelle, dans la mesure où cette vie organique se mêle à la conscience de l’opération voulue et accomplie.