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L’ANALYSE DE L’EFFORT ET LA PHYSIOLOGIE SUBJECTIVE

l'a vu, sert de ciment à toutes nos connaissances. Comme l’a remarqué Maine de Biran, si nous savions comment nous mouvons nos membres, nous saurions tout. Concentrant en nous les forces de l’univers, il nous faut, pour gouverner ce microcosme, une puissance et une multiplicité d'action que l'analyse ne débrouillera jamais entièrement, pas plus par la conscience que par l'observation sensible.

4° [l y a en même temps une action efférente de la volonté qui, d’abord inaperçue dans sa nature subjective, n’est perçue que dans ses effets organiques. — Ici est le point décisif, le point où le corps apparait à la conscience et où la passivité entre dans l’action même, le point où du conflit intérieur des tendances surgit le sentiment de l’organisme, le point enfin où s’opère la transcription du spirituel en corporel.

La volonté n’a pu trouver dans l'intention seule son entier achèvement; c’est pour cela qu’elle va à l’action; elle a besoin, pour s’égaler, de se produire. Cet acte voulu s’accomplit donc en dehors et pour ainsi dire au delà de la volonté présente. Il est réel parce qu’il est d’abord idéal; mais il n’est pas réel uniquement dans la mesure où il est idéal. Il n’y a pas équation entre la connaissance préalable et l'opération effective, ni entre le vouloir et l’agir; aussi, du moment où le sujet devient objet pour luimême, il projette devant soi, il porte en soi une matière. Vu du regard intérieur, le corps est une conséquence et comme un prolongement de notre nature subjective : on veut qu'il soit. Car s’il apparait d'abord comme un voile qui nous dissimule à nousmêmes, comme un obstacle qui nous réduit à la nécessité de nous conquérir et qui sépare la volonté de ce qu’elle veut, il est en même temps le moyen de la conquête, le passage du vouloir initial au vouloir parfait et le terrain de la victoire.

Ainsi, sans qu'il ait à sortir de soi, le sujet trouve en son fond une passivité qui, sans doute, n’est point impénétrable à son action, mais qui n’y est pas immédiatement ralliée. Onine agens agendo

sepalitur. [| y a en moi quelque chose qui est mien, qui doit

RE

m'être rattaché de plus en plus étroitement, et qui pourtant n'est pas moi. Et ce mien ne m'apparait d’abord que sous une forme distincte du moi, comme la conscience d'une résistance matérielle ou d’un terme de déploiement extérieur. Voici donc comment s’engendre la notion originale du corps propre à l’agent. Il y a conscience d’une initiative subjective; car sans le sentiment

primitif de cette production, jamais on ne s’attribuerait le résultat de l'opération efficace. Mais, dans la croissance de la volonté, l’élément nouveau qu'apporte l’action apparaît à la conscience comme étranger, même au moment où il en permet le progres; car ce terme actuel n’est jamais tout docile au vouloir. Et ce qu'il faut entendre par le corps de l’action c’est tout ce qui, en nous et hors de nous, nous sépare encore de nous-mêmes.

Sur cette perception directe de l'organisme viennent en effet se greffer toutes les notions dérivées que nous acquérons de notre corps et des corps étrangers. Sans doute, dans la représentation très complexe que nous avons de nos organes, il y a une part, non la plus importante, mais la plus claire, que nous devons à des associations tout extrinsèques de perceptions et d'images : la solidarité expérimentale des intentions, connues du dedans, et des mouvements, perçus du dehors, précise et fortifie singulièrement notre conscience de l’organisme et de sa docilité; mais cette connexion empirique n’est pas l’origine du sentiment qu'a tout homme de ses membres et de son pouvoir sur eux et sur les choses. Au principe même de l'expérience commune et à l’organisation des connaissances positives préside une action effective, puisque seule celte action fournit aux sciences et projette devant nous la matière de leurs recherches. S'il y a une donnée extérieure à la connaissance, une inconnue à pénétrer, un effort à faire, c’est que toujours, dès l’origine de la vie, se présente une disproportion entre la volonté voulante et la volonté voulue. Et c’est sous la forme d’une résistance organique ou d’une passivité à vaincre que l’une apparait à l’autre.

9° [1 y a une action efférente de la volonté qui, imaginée sous une forme organique, est inaperçue dans ses effets organiques pour n'être perçue qu’en une représentation motrice.

En effet, le sentiment de l'obstacle matériel est, comme tout autre, un état de conscience. L'organisme n'apparait que sous forme d’acte subjectif; il est dans la pensée avant que la pensée se mette en lui. La résistance corporelle s'offre done à nous, non pas comme une masse étendue et inerte qui cède en réagissant contre un choc unique et soudain, mais par la médiation d’une image qui opère peu à peu en nous avec la complicité secrète des membres, — des membres qu'à peine pourrions-nous soulever s’ils étaient détachés, et qui semblent pourtant se mouvoir comme d'eux-mêmes.

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