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LE SENS DE L'EFFORT ET LA PHYSIOLOGIE SUBJECTIVE

Ainsi la conscience même de l'organisme et le sentiment ou la prévision de la résistance matérielle est une nouvelle source d'activité spontanée. Par la façon dont nous co:inaissons l'effort, nous produisons déjà une opération effective. Les sensations afférentes deviennent donc l'aliment de l’énergie motrice. Il est inutile de savoir comment l’opération s’accomplit, dans la mesure où elle suit la pensée; il est utile de le savoir, dans la mesure où il y a disproportion et résistance. Souvent nos mouvements ne sont qu’un moyen de penser et de vouloir, comme des signes qui, au lieu de manifester simplement les idées que nous avons déjà, en suscitent de nouvelles. La conscience de l'effort continu et multiple est donc fondée sur la perception stimulante d’une opposition multiple et continue. De cette sorte la sensation organique, intermédiaire de toutes les autres, est ramenée à une synthèse d'actions infinitésimales qui, réalisant toutes un degré du vouloir, composent progressivement, à travers une série de répercussions et d'initiatives partielles, l'opération totale. Voilà comment la représentation même du corps devient, par la médiation de

l’image motrice, une puissance spontanée qui opère secrètement |

dans les membres et sert à en dresser la topographie intérieure, sans que nous connaissions le détail de l'opération.

Par là s'explique la notion commune du corps ou même de la matière en général. Quel est le sentiment immédiat que nous avons de notre organisme, et qu'est-ce que la matière à notre sens”? Si j'entends ce que je dis par ce mot, c’est que la matière je la trouve en moi. Oui, je trouve en moi quelque chose que ne pénètre entièrement ni ma volonté, ni ma connaissance; que je ne comprends pas et qui ne se comprend pas davantage; que les autres, s'ils sont, comprennent aussi peu, puisque, sans être moi, ce quelque chose du moins est mien. Et qu'est-ce qui distingue le mien du moi? c’est cette multiplicité continue d’une résistance, mobile pourtant et accessible à mon action, quoiqu'elle reste impénétrable à ma vue intérieure et irréductible à mon vouloir actuel. Ainsi l’organisme qui semblait naguère hors de ma conscience et de ma portée, paraît maintenant d’une certaine manière réintégré dans la conscience que j'en ai; et cette physiologie subjective a une efficacité inconsciente : l’image stigmatise et meut le corps, sans qu’on ait la moindre connaissance du comment,

6° Il y a enfin une action afférente de l'organisme qui constitue proprement la réponse provoquée et attendue, la vérification

du projet de la volonté, l'instruction qu’on demandait à l’acte opéré, l’imprévu prévu. Ce qu’elle apporte réellement, c’est la conscience des disproportions du vouloir et du fait, la représentation des réactions corporelles, l’enseignement des démentis empiriques. Sur cette donnée se groupent et s'organisent tous les autres éléments que l’analyse vient de démêler dans le sentiment de l'effort. Mais ce qui lui est propre, c’est moins l'impression organique elle-même, que le surcroît de lumière subjective et d'expérience dont elle est la source. Car dans l’image consciente de cette résistance organique c’est l’obstacle qui prend corps, c'est l’enjeu de la volonté actuelle qui se détermine en une forme arrêtée, c’est la conquête à faire qui se manifeste précisément. Et la netteté, la solidité même de cet obstacle précis est déjà un premier avantage gagné. En raison de la puissance de toute image, la représentation déterminée de la résistance est le résultat d'un premier-développement, mais aussi l’instrument et le but d’une croissance ultérieure du vouloir. |

La conscience de l’effort organique est donc un agglomérat. de données très complexes. Par l'effet de l'habitude, ces apports différents se fondent et ne forment plus qu’un seul total, rattaché à l'initiative de l’action consciente. Même la réaction des’ organes qui nous rend vraiment passifs de notre activité est comprise dans le projet primitif de l’action, quelque déconcertant que cet obstacle puisse paraître. Voilà pourquoi, lorsque nous allons soulever un poids connu, nous semblons mesurer d'avance l'intensité de la force nécessaire à le porter, tandis qu’en réalité nous ne faisons qu’imaginer la résistance habituelle dont les essais antérieurs ont seuls pu nous apprendre l’exacte étendue.

Ainsi la notion préalable de l'effort est comme le cadre préparé pour recevoir toutes les leçons précises de l’expérience effective. Ce qui est afférent dans la perception réelle n’est perçu comme tel qu’en suite d’une initiative encore indéterminée et grâce à l'accueil a priori de l’a posteriori attendu. Selon qu'on envisage la forme ou le contenu de la sensation organique, l’on doit donc dire également que tout y est l’effet de l'initiative subjective ou que tout y exprime l'impression passive de la réaction corporelle. En sorte que vraiment à la fois nous percevons immédiatement l'effort en son origine, et que nous le percevons médiatement dans son exercice et déploiement; en sorte aussi que nous sommes plus clairement avertis de nos mouvements par la réaction des parties

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