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SIGNIFICATION ET RÔLE DE L'EFFORT ORGANIQUE

que par l’innervation directe; en sorte enfin que les illusions les plus variées et les cas pathologiques les plus contrastants peuvent s'expliquer par la complexité des transmissions, par l’entre-croisement des actions et des réactions, par le progrès de la diffusion nerveuse, par la multiplicité des dégradations successives où se dispersent la lumière et la volonté initiales. La conscience réfléchie ne voit qu’en gros, par la projection de tout ce détail infini, l'opération motrice : c’est une répercussion de répercussions intégrées. L’imagination n’en saurait avoir aucune représentation distincte; et nous ne pouvons dispenser notre effort qu’à force d’accoutumance, quand, par l’exercice répété et par la vérification des totaux de ces actions élémentaires, nous avons dressé les puissances subalternes, frayé les voies, établi les connexions habituelles et réussi à proportionner l'énergie à la résistance.

Ce n’est pas tout de faire l’anatomie d’un effort abstraitement isolé; il en faut étudier la vivante complexité et la physiologie concrète. Car dans le mouvement de la vie il y a un circuit qui se ferme perpétuellement, mais pour se rouvrir et croître encore. Tout point d'arrivée n’est qu’un point de départ. On peut bien affirmer séparément ces trois propositions : la conscience de l’effort organique résul.2 de l’antagonisme de tendances subjectives; — cet antagonisme interne dont le principe est d’abord inaperçu s'offre à nous sous la forme de la résistance corporelle; — et cet aspect matériel de l’obstacle proposé à la volonté comme un terme de déploiement inaugure une transcription nouvelle du physique en mental, en révélant la diversité des tendances et en se traduisant en effets subjectifs. — Mais l’important c’est de voir comment, en acte, ces fonctions se combinent.

Pour s'attacher principalement à l’étude de l’effort organique comme si c'était le tout ou le principal de l’action, il faudrait donc méconnaître le sens véritable de l’opération volontaire et se fermer l'intelligence de cet effort au moment même où on prétendrait l’étudier exclusivement. Le sens populaire ne s’y trompe pas. Le problème de l’action ne porte pas sur cette obscure question de la sensation musculaire : s’y arrêter, ce serait se retourner vers un ordre de connaissances dépassé; ce serait exprimer en

langage positif et en images sensibles la réalité de la volonté opérante; ce serait ramener au déterminisme vaincu qui précède la décision consciente le développement nouveau du déterminisme victorieux qui suit et gouverne l’opération produite. Il ne faut point laisser la recherche s’égarer. Elle dévierait dès lors qu’on se préoccuperait principalement des moyens physiques qui nous semblent cachés, justement parce qu’ils sont subordonnés à des fins morales. Quelles que soient les voies physiologiques de l’opération, la façon dont elle ébranle les organes et dont elle est apportée à la conscience n’influe en rien sur le progrès de notre croissance volontaire. La grande difficulté de l’effort réside, non pas dans un triomphe plus ou moins complet sur l’inertie matérielle, mais dans le concert des tendances, dans l’harmonie et la pacification conquise des désirs intimes. L’obstacle organique n’est que le symbole et l’expression d’oppositions déjà psychologiques. La souffrance n’est connue que dans la mesure où il y a disproportion entre le perçu et le voulu, entre le fait et l'idéal imaginé; là est la cause profonde des endolorissements même physiologiques.

Aussi, en même temps qu’on voit comment l'initiative d’une volonté imparfaite et divisée suscite la conscience d’une passivité organique, faut-il remarquer également comment le sentiment de cette résistance corporelle révèle une zizanie intérieure, et un conflit de tendances qui traversent le déploiement de notre action. Car une fois qu’on à agi, il y a une nouvelle perspective et comme une vie étrangère qui s’est incorporée à l’agent; la volonté est autre qu’elle n’était auparavant; la connaissance a changé ‘. Preuve qu'en effet la vraie contribution de l'opération voulue et accomplie à travers les organes, c’est ce changement même, plutôt que les moyens qui l’obtiennent. Or à quelle condition ce renouvellement de la vie intérieure dépend-il de l’effort organique et de l'exécution matérielle de l’acte? le voici.

1. «Je me crois en élat de prouver, dit Maine de Biran, qu’il n’y a pas une idée intellectuelle, pas une perception distincte, ni une connaissance proprement dite qui ne soit originairement liée à une action de la volonté. » Mais si c’est méconnaître la véritable signification de l'effort musculaire que de s'attacher principalement à son caractère organique, on en pervertirait aussi le sens en le subordonnant à ses résultats intellectuels et en arrètant le développement qu’il inaugure au surcroît de connaissance dont il est le principe. Si l’entendement est une volonté transformée, c’est pour se transformer à son tour en action et pour contribuer au progrès du vouloir.

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