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SIGNIFICATION ET RÔLE DE L'EFFORT ORGANIQUE

Au regard de la conscience le corps est une ébauche de vie subjective. Il est ce qui s'oppose à l’expansion immédiate et à la réalité idéale du vouloir, mais il est aussi ce qui s’y soumet et s’y prête. Il échapperait radicalement à l’agent s’il ne renfermait quelque chose de l'agent en voie de se réaliser. C’est pour cela que l’action est instructive : elle manifeste au sujet une vie subjective autre que la sienne, une vie qu'il conquiert par degrés, une vie qui lui appartient déjà plus qu'il ne le sait, mais qu’il ne possède pas encore entièrement et qui lui échappe souvent plus qu'il ne le croit.

Il y a donc un perpétuel circuit. Par l'opération volontaire nous puisons en nous-mêmes de quoi nous mouvoir et nous déterminer. Le sentiment de l'effort et les réactions organiques ne font «quelle qu’en soit l’occasion initiale, impressions extérieures ou initiative motrice) qu'alimenter d’une manière inconsciente la vie consciente. C’est cette conscience nouvelle qui agit à son tour sur ses conditions subalternes. Nous consommons les forces diffuses en nous pour les digérer en idées et en nouveaux motifs d'agir. D'où, le caractère ambigu de cette activité passive, puisqu'elle cherche, dans cette passivité même, une forme supérieure d'activité, et dans cet inconscient, un moyen de s’éclairer sur ellemême. Ce cercle ne roule donc pas sur lui-même sans avancer. Par l’action, il semble que nous nous ressaisissions du plus loin possible et que, reprenant en sous-œuvre les fondements mêmes de notre vie personnelle, nous nous portions tout entiers en avant.

Voilà pourquoi tout en nous enrichissant l’action nous épuise et nous coûte, c'est une sorte de digestion dont nous ne profitons qu’en servant d'abord de pâture. Souveraine autant que la magie naturelle de l’image opère d'instinct sur les forces instinctives, la volonté rencontre dans la prévision et appréhension de l'effort, dans le sentiment de ce qu’il s’y dépense et dans l’idée même de l’inconnu où s'engage l’action, un obstacle déconcertant dont elle ne triomphe pas sans peine et sans lutte. Aussi ces deux affirmations, quoique contraires, sont-elles également fondées. — Nous pouvons agir, forcer les membres, plover la machine alors que nous ne pouvons pas toujours maitriser nos sentiments, nos pensées et nos croyances. — Rien ne nous arrête plus que l’action; et c’est une surhumaine difficulté de conformer notre conduite à nos convictions les plus fermes ou à nos résolutions les mieux arrôtées. La résistance organique a donc un double sens :

tantôt elle apparaît comme l’instrument d’un gain désirable et d’une accrue de la vie subjective, tantôt comme un appauvrissement et une fatigue. Dans les deux cas, elle est la traduction, dans la conscience, de tendances et d’actions qui, plus ou moins réfractaires à la volonté, s’y rallient ou s’y dérobent. C’est cette division intime que révèle le sentiment douloureux de la fatigue et la conscience du travail.

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