HIT
Il ne suffit pas en effet de découvrir l’origine de la conscience que nous avons d’une passivité organique. Il ne suffit même pas d'expliquer comment le sentiment des résistances corporelles contrarie ou stimule notre action. Il faut aller plus avant. Nous n'avons point une idée complète de l'effort vital, nous n’avons point üne idée juste de l’action proprement humaine si nous n’y voyons pas un labeur.
Ne nous faisons pas autres que nous ne sommes tous : tous nous aimons le repos, c’est-à-dire la libération et l’anarchie de nos forces. À tous il nous en coûte de travailler; nul acte de quelque importance n’aboutit sans un travail; et le travail, c’est la passion dans l’action, une souffrance, une contradiction intime. Je sens, pendant que je concentre ma pensée sur l’objet que j'étudie, comme un ressort qui cherche à se détendre, une attention prête à s’esquiver, un faisceau dont les pièces résistent à l’étreinte de la réflexion. Ainsi encore les membres de l’ouvrier, toujours soumis aux mêmes mouvements et comprimés dans le même mécanisme, crient fatigue et douleur. Fausses et haïssables, ces formules d’une morale nouvelle, sans doute destinée à former au labeur un peuple qu’on prive de tout encouragement plus haut : le travail, à croire ces optimistes, est seul agréable, seul paturel. Non; pour disciplner nos forces, il ne suffit pas d’un simple vouloir, ni même d’un effort unique de l'énergie centrale; il faut une peine. Aussi a-t-on pu considérer ie travail comme un châtiment, comme une expiation, comme un ennoblissement de quiconque a le courage d’y persévérer librement sans la contrainte du besoin. Et quoi qu’on ait dit, ce n’est à aucun degré la loi universelle, c’est une loi proprement humaine. Seul l’homme se violente, se combat, se fait souffrir, se tue, travaille en agissant.
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