LE PROBLÈME SCIENTIFIQUE DE LA PRATIQUE. XV
d'apprécier les exigences de la conscience, c'est de me prêter simplement à tout ce que la conscience et la vie exigent de moi. De cette façon seulement, je maintiendrai l'accord entre la nécessité qui me force à agir et le mouvement de ma volonté propre; de cette façon seulement, je saurai si, en fin de compte, je puis ratifier, par un aveu définitif de ma libre raison, cette nécessité préalable, et si tout ce qui m'avait paru obscur, despotique, mauvais, je le trouve clair cet bon. Done,
à la condition de ne point quitter cette voie droite de la pra-
tique qu’on n’abandonnerait que par une inconséquence, la pratique: même contient une méthode complète et prépare sans doute une solution valable du problème qu'elle impose à tout homme.
Comprend-on quelle est cette méthode d'expérience directe, et a-t-on le courage de l'appliquer? Veut-on payer la compétence morale au prix de tout ce qu’on a et de tout ce qu’on est? Sinon, point de jugement recevable. Pour que la vie fût condamnée, il faudrait que, expérience faite de ce qu'elle offre de plus pénible, elle laissât regretter tous les sacrifices et tous les efforts qu'on a faits pour la rendre bonne : en estil ainsi? Et si l'on n'a pas tenté l'épreuve, est-on admis à se plaindre?
Oui, il faut recueillir ces plaintes: Il est possible que la voie droite.aboutisse là où nulle autre ne mène, il ést possible qu'on soit coupable de la quitter : mais si on l'a quittée, mais si l'on n'y est pas entré, maïs si l’on y tombe, est-ce qu'on ne compte plus? la science doit être large comme la charité et ne point ignorer mème ce que la morale réprouve. Malgré la suffisance de la pratique, une autre méthode, destinée peut-être à éclairer et à justifier la première, mais toute